Origine et histoire de l'Église Saint-Eutrope
L'église Saint-Eutrope et l'ancien prieuré de Bellefond forment un ensemble ecclésiastique situé au sud du bourg, dans la commune de Bellefond (Gironde). Le prieuré fut fondé et mis en chantier par des chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin, qui ne purent achever la nef. Il fut soumis au monastère de La Sauve‑Majeure à la fin du XIIe siècle, les sources mentionnant 1186 et 1190. Les moines de La Sauve rebâtirent la partie orientale : un transept de 22 mètres, une abside pentagonale de 16,8 mètres flanquée d'absidioles et le mur occidental ; la nef resta inachevée. La façade ouest, édifiée au XIIIe siècle probablement à titre provisoire, donne à l'ensemble un caractère singulier. L'édifice a été remanié au XVIe siècle et a subi d'importantes dégradations lors des guerres de Religion ; l'absidiole nord fut rasée vers 1850. En 1655, le prieuré fut uni au monastère des Feuillants de Bordeaux, qui restaurèrent l'église après leur prise de possession et le gardèrent jusqu'à la Révolution. Une restauration menée de 1863 à 1866 modifia profondément l'intérieur : des voûtes furent mises en place dans le transept et la sacristie, et l'entrée actuelle fut aménagée en 1865 à la croisée nord du transept. Les parties inférieures du mur d'enceinte qui entourait l'église, le cimetière et les bâtiments claustraux subsistent en grande partie à l'état de ruine ; des vestiges, dont une porte et une échauguette, ont été dégagés récemment. L'édifice conserve une porte romane et des contreforts plats attribués au XIIe ou au XIIIe siècle. À l'intérieur, le décor principal est exclusivement abstrait ; les chapiteaux de l'abside présentent des affinités stylistiques avec ceux de la partie haute de la nef de La Sauve‑Majeure, réalisés dans la seconde moitié du XIIe siècle, tandis que d'autres chapiteaux gothiques ont été remaniés lors du rehaussement du mur sud‑est du sanctuaire. Parmi les éléments mobiliers, les fonts baptismaux datent du XIVe siècle et proviennent de la chapelle Saint‑Jean‑Porte‑Latine de La Goilanne, aujourd'hui disparue. Les vitraux de l'abside, datés de 1867, sont l'œuvre de l'atelier Lieuzère et fils de Bordeaux et ont été offerts par J. L. Aymen ; ceux de l'absidiole sud et du mur sud, datés de 1886, ont été réalisés par l'atelier G. P. Dagrand de Bordeaux et donnés par Juste de Minvielle. À l'extérieur, le programme secondaire se compose d'une suite de modillons figurés, représentations typiques de l'Aquitaine romane visant à dénoncer les relations impures et les écueils du vœu de chasteté ; on y reconnaît divers motifs humains et bestiaires tels que le lisseur de barbe, un exhibitionniste, un homme bicéphale, deux hommes reliés par un serpent, des bêtes tenant des proies, des masques maléfiques, une salamandre, un monstre à deux têtes, un cochon, un serpent et des motifs floraux. L'église est inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du 3 novembre 1925, et les ruines de l'ancien prieuré sont protégées par un arrêté du 12 avril 2001.