Origine et histoire de l'Église Saint-Fleuret
Estaing fut le siège d'une importante baronnie, dont la première mention concerne Aldebert d'Estaing en 1028. L'église, citée dès la fin du XIe siècle, fut convoitée par les abbayes de Montsalvy et de Saint-Victor de Marseille : un acte de 1081 la donne à Montsalvy tandis qu'un document de 1082 l'attribue à Saint-Victor. Elle paraît avoir été annexe de l'église de Trédou (Sébrazac) et, par là, liée à l'abbaye Saint-Amans de Rodez. Son premier titulaire était saint Amans, mais le culte de saint Fleuret s'imposa ensuite, d'où la double dédicace Saint-Amans et Saint-Fleuret. En 1120 l'église est confirmée dans les possessions de Montsalvy, tout en figurant encore dans les listes de Saint-Victor. D'abord simple prieuré, l'établissement fut érigé en cure en 1532 ; on y compta d'abord deux prêtres distincts, puis une charge réunie de prieur-curé, secondée par vicaires et "claustiers" envoyés par le prieur de Montsalvy. Il ne subsiste guère d'éléments de l'édifice primitif, si ce n'est une pierre sculptée et quelques maçonneries dans la crypte, ainsi que le renforcement visible à l'extérieur de la chapelle Saint-Fleuret qui double la niche des reliques. La construction actuelle, postérieure au Moyen Âge tardif, résulte de plusieurs campagnes de travaux qui se prolongent jusque dans la première moitié du XVIIe siècle ; l'ensemble est assez homogène, bien que les grandes arcades du secteur nord-ouest présentent des profils différents et, pour certaines, une hauteur supérieure. En 1669 on retira les reliques du tombeau de la chapelle Saint-Fleuret pour les enfermer dans une châsse précieuse, et un décor peint représentant deux évêques, dont saint Amans et saint Fleuret, est signalé sur l'ancien tombeau. Un compte de la confrérie du Saint-Esprit daté de 1721 mentionne une offrande de 60 francs destinée à achever la couverture de l'église, ce qui correspond vraisemblablement à la réalisation de la charpente de la nef centrale. Au XIXe siècle, la commune engage plusieurs travaux : en 1840 une imposition extraordinaire finance la reconstruction d'une chapelle orientale, vraisemblablement dédiée à saint Antoine ; une sacristie est aménagée au sud-est en 1843, remplaçant une sacristie plus vétuste côté nord, aujourd'hui transformée en chaufferie. Entre 1845 et 1848 des reprises de maçonnerie sur la partie orientale consolidèrent la chapelle de la Vierge, amenagèrent la sacristie et permirent la construction de l'escalier monumental en arc de cercle de 24 marches qui mène au parvis ; un projet d'agrandissement au nord, à l'emplacement de l'ancienne sacristie, resta sans suite. En 1892 les ossements conservés dans les chapelles basses furent transférés au nouveau cimetière. La foudre frappa le clocher en 1918 ; des travaux entrepris à partir de 1922 remplacèrent la moitié sud de la toiture pour 7 000 francs. En 1935, sous la direction de l'architecte André Boyer, des rénovations des badigeons intérieurs et des décapages d'enduit furent menées ; ces opérations mirent au jour, près de l'ancienne sacristie, de petites armoires murées destinées à abriter des jarres d'huile pour le sanctuaire. Lors de sondages en décembre 1959 dans la chapelle Saint-Fleuret apparut une niche de 80 cm, confirmant que l'emplacement pouvait recevoir une châsse ancienne plutôt que la tombe du saint ; elle fut agrandie pour y loger le reliquaire offert en 1880 par Monseigneur Bourret. La charpente et la toiture furent restaurées en 1973-1974 et le chœur surélevé en décembre 1974. Une campagne de badigeon intérieur effectuée en 2003 a entraîné la disparition de certains éléments peints portant des inscriptions, mais permit aussi la découverte d'une pierre sculptée, peut-être claveau d'une voussure romane. Entre 2007 et 2009 la crypte fit l'objet d'un aménagement scénographique : la fenêtre de la chapelle sud fut ouverte, le dallage et l'emmarchement de la nef repris en réutilisant des marches de l'ancien escalier, des carottages de sol furent réalisés et une porte percée dans le mur sud de la chapelle pour donner un accès direct à la crypte depuis l'ancien cimetière. L'église est protégée au titre des monuments historiques depuis le 29 décembre 1927.