Origine et histoire de l'Église Saint-Georges
L'église Saint-Georges, située à Sélestat dans le Bas-Rhin, trouve ses origines au VIIIe siècle comme chapelle baptismale au sein du palais impérial de Charlemagne, où l'empereur aurait séjourné en 775. Les fouilles de 1876 et 1902 ont révélé les vestiges d'une rotonde sous-jacente. L'édifice actuel, de style gothique flamboyant, fut construit par étapes entre les années 1220 et le début du XVe siècle, financé par les commerçants locaux. La nef, le transept et les absidioles, inspirés des modèles bourguignons et champenois, furent érigés dès 1230, tandis que le massif occidental et la tour datent du XIVe siècle. Trois architectes marquèrent la construction du chœur : Jean Obrecht, Matthis, et Erhart Kindelin, ce dernier réalisant les baies du chevet entre 1415 et 1422.
L'église, initialement dédiée à la Vierge, adopta saint Georges comme patron en 1500. Elle rivalisait avec l'église conventuelle Sainte-Foy, symbolisant la puissance de la bourgeoisie sélestadienne. Un jubé, détruit en 1789, fut sculpté par Conrad Sifer en 1489-1490, dont des vestiges subsistent à la Bibliothèque humaniste. Les restaurations majeures, menées par Antoine Ringeisen entre 1847 et 1865, révélèrent des peintures murales médiévales, dont une scène du Miracle du pendu dépendu (XVe siècle) et des crucifixions du XIVe siècle. Classée monument historique dès 1848, l'église abrite aussi des vitraux des XVe et XIXe siècles, des stalles néo-gothiques, et un mobilier liturgique riche, comme un orgue de Martin Rinckenbach (1896).
Les portails de l'église illustrent son évolution stylistique : un portail roman remployé, un portail médiéval à tympan refait par Émile Sichler en 1844, et un portail occidental du XIVe siècle orné de sculptures. Les clefs de voûte, peintes en polychromie au XIXe siècle, représentent le Tétramorphe, des saints et des motifs végétaux. À l'intérieur, une chaire baroque de 1619, sculptée par Jérôme Kruch, et une seconde chaire du XVIIIe siècle, toutes deux classées en 1974, témoignent de l'artisanat local. L'horloge monumentale de Jean-Baptiste Schwilgué (1825), classée en 1994, fut restaurée en 1996 avant d'être transférée aux archives municipales.
L'église Saint-Georges est indissociable de la Bibliothèque humaniste de Sélestat, fondée en 1452 par Jean de Westhuss, prêtre de la paroisse. Des humanistes comme Beatus Rhenanus, élevé par un chapelain de l'église, y sont associés. Les objets liturgiques, comme un ciboire du XVIIIe siècle ou un ostensoir de Jean-Charles Cahier (1807), reflètent son rayonnement religieux. Les vitraux du chœur (1430–1460) et la verrière de sainte Agnès (XVe siècle), partiellement restaurée par Max Ingrand en 1968, comptent parmi les joyaux de l'édifice. Des peintures murales des XIVe et XVe siècles, redécouvertes au XIXe siècle, complètent ce patrimoine exceptionnel.