Origine et histoire
L'église Saint-Germain de Boury-en-Vexin, fondée en 1104 par Eustache de Boury, seigneur local, est initialement un prieuré bénédictin dépendant de l'abbaye Saint-Martin de Pontoise. Les moines y construisent une première église romane, dédiée à saint Germain d'Auxerre, qui sert à la fois de lieu de culte paroissial et monastique. Le chœur et la croisée du transept, datés du début du XIIIe siècle, sont les parties les plus anciennes encore visibles aujourd'hui. Les transformations majeures interviennent aux XVIe et XVIIe siècles, avec l'ajout de bas-côtés, la reprise des voûtes et des fenêtres, et l'intégration d'éléments Renaissance.
Au XIIe siècle, Jehan de Boury, arrière-petit-fils du fondateur, finance des agrandissements significatifs avant de partir en croisade en 1248. Le transept et le chœur actuels, de style gothique primitif, datent de cette période, bien que leurs fenêtres aient été refaites à l'époque flamboyante. La nef, initialement romane, est profondément remaniée au XVIe siècle : ses grandes arcades adoptent un profil gothique flamboyant, tandis que ses voûtes, ajoutées plus tardivement, s'inspirent de la Renaissance. Le bas-côté sud, particulièrement harmonieux, illustre ce style avec ses fenêtres à réseaux flamboyants et ses clés de voûte ornées de motifs renaissants.
Le bas-côté nord, plus étroit et incomplet, est voûté en berceau perpendiculairement à l'axe de l'édifice, une particularité rare dans la région. Ses fenêtres, datées de 1772, marquent une intervention tardive, tout comme le remplacement des vitraux colorés par du verre blanc pour améliorer la luminosité. Le clocher, bâti au XIIIe siècle et remanié aux XVIe et XIXe siècles, domine l'édifice avec son toit à la hache. Malgré des campagnes de restauration aux XIXe et XXe siècles, l'église conserve des éléments médiévaux remarquables, comme les chapiteaux à crochets du XIIIe siècle ou les clés de voûte sculptées.
L'église abrite un mobilier précieux, dont un bras-reliquaire du XIIIe siècle classé monument historique, contenant un os de saint Germain d'Auxerre. Offert par Jean II de Boury avant son départ en croisade en 1244, ce reliquaire en argent repoussé, orné de filigranes et de gemmes, témoigne de la dévotion locale. Parmi les tableaux notables, Notre-Dame du Rosaire (1652), inspiré d'Eustache Le Sueur, et La Résurrection du Christ (1786-1787), peint par Jean-Baptiste Duchesne, illustrent l'évolution artistique des XVIIe et XVIIIe siècles. Ces œuvres, souvent offertes par les seigneurs de Boury, reflètent le mécénat local.
Classée monument historique en 2000 pour son architecture représentative du Vexin français, l'église Saint-Germain allie simplicité structurelle et richesse décorative. Son plan rectangulaire, ses trois vaisseaux et son chevet plat masquent une complexité historique, marquée par des reprises successives. Les querelles entre prieur et curé sous l'Ancien Régime, la suspension des messes en 2018 et son rattachement à la paroisse Saint-François-d'Assise du Vexin soulignent son ancrage dans la vie communautaire. Aujourd'hui, malgré l'absence de culte régulier, elle reste un témoignage majeur du patrimoine religieux rural.
L'élévation méridionale, homogène et soignée, contraste avec la façade occidentale, jugée déséquilibrée. Les contreforts biais, les fenêtres à réseaux flamboyants et le portail latéral sud, orné de pampres, caractérisent cette face visible depuis la rue. À l'intérieur, la nef, dépourvue de fenêtres hautes, forme une église-halle atypique, où les bas-côtés atteignent presque la hauteur du vaisseau central. Les voûtes, dépourvues de formerets sauf au revers de la façade, affichent des clés sculptées de rosaces ou de volutes, mêlant influences gothiques et renaissantes. Le chœur, bien que dépourvu de fenêtres, conserve des chapiteaux à crochets du XIIIe siècle, partiellement masqués par des reprises ultérieures.
Les campagnes de restauration, notamment au XIXe siècle, ont modifié certains éléments, comme l'ajout d'un oculus au-dessus du portail occidental ou le remplacement des tuiles par de l'ardoise. En 1997, des travaux à l'angle sud-ouest ont bénéficié d'une subvention de la Sauvegarde de l'art français. Malgré ces interventions, l'église garde des traces de son passé médiéval, comme les peintures en faux-appareil du XIIIe siècle visibles dans les combles. Son mobilier, incluant statues, bénitier Renaissance classé et tableaux des XVIIe et XVIIIe siècles, enrichit son patrimoine. Aujourd'hui affiliée à une paroisse couvrant quarante-huit communes, elle incarne la mémoire religieuse et architecturale du Vexin.