Origine et histoire de l'Église Saint-Germain
L’église Saint-Germain de Rennes, située dans le quartier de la ville-neuve, est un édifice paroissial emblématique, construit entre 1470 et 1690. Initialement érigée dans un style gothique flamboyant, elle fut achevée avec des éléments de Renaissance tardive, reflétant l’évolution architecturale sur plus de deux siècles. À l’origine, une petite église du XIIe siècle, entourée d’un cimetière au XIIIe, occupait l’emplacement ; seuls deux piliers près de la sacristie en subsistent aujourd’hui. La paroisse, d’abord liée à la baronnie de Vitré, passa sous la vicomté de Rennes au XVIIe siècle. Classée monument historique en 1914, elle incarne le patrimoine religieux et artistique de la Bretagne.
Le plan rectangulaire de l’église, avec un chevet et un mur ouest plats, intègre un pan coupé sud-ouest suivant l’ancienne voie romaine Rennes-Angers. Son porche sud (1606–1623), œuvre de Germain Gaultier, premier architecte du Parlement de Bretagne, et son clocher (1519–1550), ancien beffroi municipal cédé à la paroisse en 1651, illustrent son mélange de styles. À l’intérieur, la nef gothique flamboyante, aux piliers légers et sablières sculptées de figures grotesques, contraste avec la voûte en berceau brisé du XVIIe siècle, plus haute que prévu initialement. Le chœur abrite un fenestrage gothique et un vitrail exceptionnel : un assemblage abstrait de fragments du XVIe siècle, sauvés après la Révolution.
Les vitraux de Saint-Germain comptent parmi les plus anciens de Rennes. Le vitrail du flanc sud (XVIe siècle), recomposé en 1860, représente des scènes de la vie de la Vierge et de la Passion, classé monument historique en 1909. Max Ingrand, maître-verrier du XXe siècle, réalisa le reste de la vitrerie, visible aussi à la cathédrale Saint-Pierre ou à l’église Toussaints. L’orgue, dont le buffet provient de l’abbaye Notre-Dame de Prières (Billiers), fut agrandi et modifié aux XIXe et XXe siècles par des facteurs comme Dallery, Merklin-Schütze ou Gütschenritter. Classé en 1948 pour le buffet et en 1992 pour la partie instrumentale, il compte 36 jeux répartis sur trois claviers.
Le mobilier inclut des œuvres remarquables : un tableau de la Résurrection de Lazare par Eloi Firmin Féron (1802–1876), remplaçant en 2008 une toile de Gaspard de Crayer (1584–1669) aujourd’hui au Musée des Beaux-Arts de Rennes ; un maître-autel et un baldaquin Louis XVI, initialement prévus pour la cathédrale de Saint-Malo, achetés en 1805 et enrichis d’un baldaquin en bois doré (1811) puis d’une gloire napoléonienne (1855) ; une chaire à prêcher de 1805, classée en 1954, et une grille de clôture du XVIIIe siècle. Ces éléments témoignent des reconstructions post-révolutionnaires et des ajouts stylistiques successifs.
L’histoire de Saint-Germain est liée aux élites locales : paroisse des marchands-merciers puis des parlementaires, elle reflète le prestige de Rennes, capitale administrative de la Bretagne. Son classement en 1914 protège un édifice où se mêlent gothique breton (sablières ornées, arcades en plein cintre), Renaissance (porche sud) et baroque (voûte continue). Les campagnes de construction, étudiées par Jacques Mallet (1981), soulignent son rôle dans l’urbanisation de la ville-neuve, le long de la place éponyme. Aujourd’hui, l’église reste un lieu de culte actif et un témoin majeur du patrimoine rennais.