Origine et histoire de l'Église Saint-Gervais-et-Saint-Protais
L'église Saint-Gervais-Saint-Protais de Civaux (Vienne) est réputée comme l’une des plus anciennes de France et est dédiée aux martyrs Gervais et Protais. Elle a été élevée au XIIe siècle sur l'emplacement d'un édifice gallo-romain, dont subsiste un vestige à la base du clocher, établi selon l'axe de la construction antérieure, distinct de celui de la nef. L'abside présente en parement un appareil de petits matériaux, pour grande partie disposés en losange, tandis que le reste du clocher s'élève sur deux étages à arcatures, séparés par un bandeau orné de corbelets, et se termine par une flèche pyramidale à base carrée, agrémentée d'animaux aux angles et de rampants à dents de scie. L'édifice du XIIe siècle comprend une nef avec bas-côtés ; le vaisseau central est voûté en berceau et les collatéraux en arêtes, et quatre arcs en plein cintre ouvrent la nef sur les bas-côtés, appuyés sur des colonnes.
La documentation médiévale mentionne l'église dès 862 dans la charte de Saint-Hilaire, puis en 902 et dans le cartulaire de Saint-Cyprien en 963-964 ; elle appartint ensuite à l'abbaye de Lesterps comme prieuré jusqu'à la Révolution. Les fouilles de 2016-2017 ont révélé une chronologie plus complexe : la base du chœur est datée autour de 400 et pourrait correspondre à un mausolée chrétien, d'où provient la stèle d'Aeternalis et Servilla trouvée dans le mur de l'abside, portant un chrisme encadré d'alpha et oméga et l'inscription latine « Aeternalis et Servilla, vivatis in Deo ». De l'époque mérovingienne subsistent le chevet daté des VIe-VIIe siècles et les vestiges d'une piscine baptismale, tous deux établis sur les ruines d'un sanctuaire romain ; les dimensions et le plan de l'église mérovingienne restent inconnus. Aux XIe et XIIe siècles furent édifiés la nef actuelle, la partie basse du clocher et la partie haute du chevet, puis la nef fut divisée au siècle suivant en trois vaisseaux et les niveaux supérieurs du clocher furent ajoutés.
Des campagnes de restauration se sont succédé : le presbytère est construit en 1772, puis au XIXe siècle l'abbé Ribouleau embellit l'édifice avec des peintures visibles aujourd'hui, ouvre le chevet pour installer un grand vitrail et met au jour la stèle d'Aeternalis et Servilla ; l'église a été classée au titre des monuments historiques en 1913. Le chevet mérovingien, de plan heptagonal, est constitué pour les trois quarts de sa hauteur d'un petit appareil cubique avec chaînages d'angle, le reste étant en pierres grossièrement taillées d'époque romane, et la polychromie romaine est visible autour des trois baies en plein cintre par l'opposition des briques rouges et du calcaire clair. Le clocher repose sur quatre piliers cruciformes datés vers l'an Mil ; les deux niveaux supérieurs, ajoutés au début du XIIe siècle, offrent deux baies en plein cintre par face et sont séparés par une corniche à modillons.
La nef, dont une fenêtre du mur nord témoigne d'un archaïsme remontant au Xe siècle, était à l'origine un vaisseau unique charpenté avant sa restructuration au XIIe siècle, probablement après un incendie. Les colonnes qui divisent la nef, surmontées de chapiteaux sculptés, et les voûtes ont fait l'objet de plusieurs reconstructions entre le XVe et le XXe siècle. La façade occidentale, sobre, date de la même période que la nef et porte une corniche à modillons figurés du XIIe siècle.
Le décor sculpté et peint est riche : les modillons de la façade représentent têtes humaines et têtes animales du bestiaire médiéval — lions, griffon, sanglier, ours et loups, dont l'une des représentations tient un agneau — et figurent à la fois des images de vigilance, de force et des allégories morales ; quatre modillons portent une figure humaine, dont un portrait d'homme âgé. À l'intérieur, les décors sculptés, attribués au milieu du XIe et au début du XIIe siècle, comprennent des culs-de-lampe ornés d'un décor de huit colonnettes ou d'une tête humaine attaquée par une créature, et des chapiteaux où dominent les thèmes du péché et de la tentation : serpents susurrant à l'oreille d'un fidèle, dragon dévorant un damné et un chapiteau exceptionnel déroulant trois scènes moralisatrices — le mariage, la tentation d'un époux par une sirène aboutissant à sa chute, et deux échassiers buvant dans un calice, image de l'Eucharistie qui sacralise le mariage en opposition à la tentation. Les peintures datent majoritairement du XIXe siècle : en 1860 le ciel étoilé du chevet, en 1861-1863 un faux appareil en trompe-l'œil dans la nef, en 1866 les figures des saints Gervais et Protais peintes par Honoré Hivonnais portant leurs instruments du martyre ; en 2011 un saint Christophe a été dégagé sous un enduit sur un pilier, avec des lambeaux de peintures romanes.