Origine et histoire de l'Église Saint-Gervais-et-Saint-Protais
L'église de Dixmont (Yonne, Bourgogne) est placée sous le vocable de saint Gervais et saint Protais ; bien communal depuis 1905, elle dépend de l'archidiocèse de Sens et de la paroisse Sainte-Alpais. Elle comprend une nef bordée de bas-côtés sans transept, un porche fortifié formant narthex et un haut clocher ; le vaisseau mesure 37,80 m de longueur, 16,90 m de largeur et la voûte atteint 10,40 m de hauteur. Le clocher-porche, daté du XIVe siècle, présente l'allure d'une lourde tour étayée par des contreforts de grès. Le portail en arc brisé conserve un tympan représentant le Couronnement de la Vierge par le Christ, flanqué d'anges dont les figures ont été décapitées pendant la Révolution. Les voussures sont sculptées d'anges portant des encensoirs et les piedroits abritent, pour l'un, l'ange de l'Annonciation et, pour l'autre, la Vierge. À l'intérieur, une clef de voûte pendante en forme de lanterne, finement sculptée, témoigne de l'époque gothique. Les stalles en chêne, sombres, datent du XVIe siècle et proviennent du prieuré de l'Enfourchure. La Vierge à l'Enfant assise, remarquable, appartient au XIVe siècle et relève de l'art gothique international ; des traces de polychromie subsistent, mais une main de la Vierge et la tête de l'Enfant posé sur son genou ont disparu. Des remaniements liés à une interprétation radicale du Concile Vatican II ont entraîné la perte d'éléments décoratifs et de mobilier des XVIIIe et XIXe siècles, tels que les autels latéraux, la chaire, les luminaires, les tableaux et la statuaire. On conserve néanmoins une statue naïve de saint Sébastien de la Renaissance, placée devant le chœur, ainsi qu'une belle chaise gothique. La paroisse de Dixmont est citée au IXe siècle comme placée sous le patronage du chapitre de Sens, mention confirmée par une bulle d'Alexandre III vers 1163. Sous le règne de Philippe-Auguste, Dixmont appartenait à la marche du domaine royal, proche du comté de Champagne, et le roi y accorda des privilèges et franchises pour fixer la population et attirer des sujets de la comtesse de Champagne. L'ordre de Grandmont fonda à proximité le prieuré de l'Enfourchure et l'église fut agrandie, signe de l'aisance de la population. De l'édifice du XIIe siècle ne subsiste que la cinquième et dernière travée ; deux travées supplémentaires et le nouveau chevet furent ajoutés au XIIIe siècle, ornés de têtes de personnages sur les chapiteaux. Les quatre premières travées de la nef et les bas-côtés datent des XIVe au XVIe siècles, période durant laquelle le clocher-porche fut également édifié. En 1769, les voûtes des bas-côtés, menaçant de s'effondrer, furent abattues et remplacées par un simple plafond. Les deux cloches datent de 1554, et deux statues de bois situées de chaque côté du porche intérieur, offertes en 1732 par le curé, représentent les deux patrons et sont fortement abîmées. L'édifice a été classé au titre des monuments historiques en 1967. Une association pour la sauvegarde de l'église de Dixmont a été créée en 2014, et l'église n'est ouverte que pour des cérémonies occasionnelles. Une restauration in extremis du beffroi, dont les travaux avaient été bloqués depuis des décennies, s'est déroulée de 2016 à 2019.