Origine et histoire de l'Église Saint-Gilles
L'église Saint-Gilles de Malestroit, dans le Morbihan, est une église catholique classée au titre des monuments historiques par arrêté du 6 novembre 1931. Le bourg de Malestroit est fondé en 987 et un premier édifice, probablement bâti à l'emplacement d'une source sacrée, est à l'origine de l'actuelle église. La construction connue commence en 1144 et l'édifice est agrandi à la fin du XIIe siècle ; des fouilles réalisées en 1955 ont mis au jour les vestiges de l'abside romane aujourd'hui disparue, qui englobait la fontaine visible à l'extérieur. Des éléments datés des XIIe et XIIIe siècles subsistent : une partie du chœur, la croisée du transept et le bras sud du transept, tandis que la nef est reconstruite au XVe siècle. Au XVIe siècle on ajoute une seconde nef au nord, terminée par un chœur à chevet plat, et le chœur roman est repris pour s'harmoniser avec ce nouvel aménagement, entraînant la disparition de l'abside ; la tourelle de la façade ouest est également construite à cette époque. L'édifice subit un incendie le 10 septembre 1592 entraînant des remaniements des parties hautes à la fin du XVIe siècle, et il est de nouveau reconstruit après un incendie survenu en 1952. Lors d'une restauration en 2011, des peintures murales ont été découvertes sur la voûte de la croisée.
Les parties romanes conservées, exécutées en grès rouge, contrastent par leur couleur et leur matériau avec les extensions postérieures ; elles se distinguent à l'extérieur par des contreforts peu saillants et des fenêtres de faible dimension. La croisée porte un clocher carré surmonté d'une flèche en ardoise refaite au XIXe siècle. À l'intérieur, la partie romane de la fin du XIIe siècle est couverte de voûtes bombées tendues par des ogives plates, influence visible des cathédrales de Saint-Malo et d'Angers ; la croisée est rythmée par quatre grands arcs brisés à double rouleau qui retombent sur des piles cruciformes à colonnes engagées, et les chapiteaux sont ornés de feuilles lisses et de crochets d'angle, témoignant d'une transition entre roman et gothique. Trois des quatre compartiments de la voûte de la croisée conservent des peintures figurées attribuées au XIIIe siècle représentant notamment un félin unicorne, un éléphant de combat et un centaure.
De nombreux éléments sculptés en réemploi, issus des parties disparues de l'édifice roman, sont visibles sur le mur sud de la nef : neuf chapiteaux, cinq modillons et deux reliefs, au registre varié comprenant animaux fantastiques, représentations des vices, atlantes et têtes, dont le style rapproche ces œuvres de Saint-Sauveur de Dinan et de Merlevenez sous influence poitevine. Deux sculptures en ronde-bosse encadrent le portail sud — le combat de Samson et du lion et un bœuf dont l'authenticité est discutée — et, d'après leur style, ces réemplois ont été datés entre 1160 et 1200 et pourraient provenir d'un grand portail occidental de même inspiration que celui de Saint-Sauveur de Dinan. Deux autres têtes barbues en réemploi, insérées au chevet et dans l'absidiole, présentent un style protogothique s'apparentant aux statues du portail royal de la cathédrale de Chartres.
Le porche méridional, du XVe siècle, est percé de deux portes en anse de panier séparées par un mince pilier portant un dais et un culot ; ses vantaux sculptés du XVIe siècle sont classés. Entre les pignons des deux nefs s'élève une tourelle hexagonale dite « le Beffroi », qui participe à la silhouette caractéristique de l'église. Les deux nefs et l'abside nord sont couverts de charpentes à sablières et entraits sculptés ; la nef sud, de style gothique rayonnant, date du XVe siècle, tandis que la nef nord et son chœur, de style gothique flamboyant, appartiennent au XVIe siècle ; elles communiquent par de grandes arcades en tiers-point dont les voussures s'insèrent dans des piliers hexagonaux et s'éclairent par des fenêtres en tiers-point à remplage.
L'église conserve plusieurs vitraux notables : les verrières de saint Gilles et de l'Arbre de Jessé dans la nef nord, classées, datent du XVIe siècle, et le grand vitrail de Saint-Gilles du chevet, œuvre du maître verrier Huchet, date de 1900. La pietà polychrome dite « Notre-Dame-de-Pitié », classée et sculptée dans un monolithe de bois, est datée du XVIe siècle ; elle a été sauvée lors de la Révolution par Pierre Evain, qui l'échangea contre des cordes de bois puis la fit réintégrer dans l'église. Parmi les autres protections figurent un calvaire classé du XVe siècle, une statue de saint Jacques des XVe–XVIe siècles et trois statues du XVIIe siècle (saint Pierre, saint Gilles et saint Georges terrassant le dragon) inscrites, ainsi que la chaire classée du XVIIe siècle, achetée en 1791 à la communauté des Augustins de l'île de La Saudraie.