Frise chronologique
525
Inhumation de saint Godard
Inhumation de saint Godard
525 (≈ 525)
Première sépulture épiscopale dans l'église.
1248
Incendie de l'église
Incendie de l'église
1248 (≈ 1248)
Destruction suivie d'une reconstruction sous saint Louis.
1506
Création de l'Arbre de Jessé
Création de l'Arbre de Jessé
1506 (≈ 1506)
Vitrail réalisé par Arnoult de Nimègue.
1562
Dégâts calvinistes
Dégâts calvinistes
1562 (≈ 1562)
Église endommagée pendant les troubles religieux.
1862
Classement monument historique
Classement monument historique
1862 (≈ 1862)
Protection officielle par la liste de 1862.
1884-1885
Installation des orgues Cavaillé-Coll
Installation des orgues Cavaillé-Coll
1884-1885 (≈ 1885)
Grand orgue et orgue de chœur inaugurés.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise Saint-Godard : classement par liste de 1862
Personnages clés
| Saint Godard - Évêque de Rouen |
Inhumé en 525 dans l'église. |
| Saint Romain - Évêque de Rouen |
Inhumé en 644, patron initial probable. |
| Famille de Brézé - Capitaines du château de Rouen |
Armoiries sur la porte (1449-1531). |
| Aristide Cavaillé-Coll - Facteur d'orgues |
Auteur des deux orgues (1884-1885). |
| Abbé Chefdeville - Curé du XIXe siècle |
Sauva l'église en 1806. |
| Arnoult de Nimègue - Maître verrier |
Créateur de l'Arbre de Jessé (1506). |
Origine et histoire
L'église Saint-Godard, située dans le quartier Vieux-Marché de Rouen, trouve ses origines dans l'Antiquité tardive. Elle servit de sépulture aux saints évêques Godard (inhumé en 525) et Romain (inhumé en 644), ce dernier étant initialement le patron probable de l'édifice. Son corps fut transféré vers 1090 à la cathédrale, ne laissant sur place que son sarcophage, conservé jusqu'au XIXe siècle. Sous le règne de saint Louis, l'église fut intégrée à l'enceinte urbaine de Rouen, mais un incendie la ravagea en 1248, nécessitant une reconstruction et un agrandissement.
Aux XVe et XVIe siècles, Saint-Godard devint l'église paroissiale des habitants du château de Rouen, lieu de culte privilégié des capitaines et de leurs familles. La porte de l'édifice arbore encore les armoiries de la famille de Brézé, dont trois membres furent capitaines du château entre 1449 et 1531. L'église connut alors plusieurs phases de construction majeures : la nef fut érigée dans la seconde moitié du XVe siècle, suivie des collatéraux nord (1527) et sud (1534), puis des escaliers de la crypte et de la porte sur la rue Beffroi (1537). En 1562, elle subit des dégâts lors des troubles calvinistes.
Les transformations se poursuivirent aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec l'ajout d'une tour-clocher inachevée (1612), l'agrandissement de la sacristie (1654), et des modifications structurelles entre 1755 et 1757 pour harmoniser les toitures. La Révolution française faillit lui être fatale : fermée et menacée de destruction, elle fut sauvée en 1806 grâce à l'abbé Chefdeville, qui obtint sa réouverture comme succursale de Saint-Patrice. Elle redevint paroissiale en 1829. Au XIXe siècle, des restaurations majeures concernèrent les vitraux (1852, 1867) et les orgues, avec l'installation en 1884-1885 de deux instruments signés Aristide Cavaillé-Coll, toujours en place aujourd'hui.
Les vitraux de Saint-Godard, au nombre de vingt-quatre, s'échelonnent du XVIe au XIXe siècle. Quatre d'entre eux, datant de la Renaissance, sont particulièrement remarquables : la Vie de Marie, la Vie de saint Romain, les Apparitions évangéliques et l'Arbre de Jessé (1506, attribué à Arnoult de Nimègue). Ces œuvres, démontées à plusieurs reprises pour les protéger (1918, 1939), furent restaurées au XXe siècle. La chapelle de la Vierge abrite également un cénotaphe en marbre blanc (XVIIe siècle) des seigneurs de Becdelièvre, témoins de la générosité des familles nobles locales.
Classée monument historique dès 1862, l'église illustre l'évolution architecturale et artistique de Rouen, des origines médiévales aux embellissements modernes. Son acoustique exceptionnelle en fait aujourd'hui un lieu de concerts prisé, tandis que sa crypte du XVIe siècle, voûtée sur croisée d'ogives, rappelle son passé de nécropole épiscopale. Les restaurations successives, notamment celles des vitraux par Jean-Jacques Grüber après 1945, ont préservé ce patrimoine unique en Normandie.