Origine et histoire de l'Église Saint-Guillaume
L’église Saint-Guillaume, édifiée entre 1298 et 1307 par le chevalier Henri de Müllenheim pour les moines Guillemites, est le seul vestige d’un couvent construit dans un quartier marécageux extra-muros. Consacrée en 1301, cette église en brique non voûtée, à nef unique et chœur polygonal, reflète l’idéal de simplicité de l’ordre. Sa proximité avec le port en fait la paroisse de la corporation des Bateliers dès 1331. Le bâtiment, couvert d’un toit à versants et éclairé de hautes fenêtres, servait initialement de salle de réunion pour les frères.
Au XVe siècle, le couvent décline avant d’être touché par la Réforme. Dès 1524, les bateliers réclament un prédicateur évangélique, mais le premier culte protestant n’y est célébré qu’en 1534, après une forte résistance des moines. Le couvent ferme en 1553 et devient un internat pour le gymnase protestant, précurseur de l’université, où enseignèrent Martin Bucer et Jean Calvin. Saint-Guillaume intègre alors les sept paroisses luthériennes de Strasbourg. En 1667, un clocher asymétrique est ajouté, prolongeant un porche trapézoïdal dû à l’instabilité du sol.
L’intérieur mêle éléments gothiques et baroques, comme le jubé de 1485 (reculé en 1656) ou l’autel en stuc de 1767. Les vitraux, datant du XIVe au XVIIe siècle, illustrent des scènes religieuses et l’hagiographie de saint Guillaume. L’orgue d’André Silbermann (1728), encore en place, et le chœur de Saint-Guillaume (fondé en 1885) ont contribué à sa renommée musicale. Classée monument historique en 1985, l’église s’engage aujourd’hui pour l’inclusivité, avec l’Antenne Saint-Guillaume accueillant les personnes LGBT+ chrétiennes depuis 2016.
Le porche, restauré en 1488, conserve des dais et des consoles sculptées, mêlant thèmes religieux (sainte Marguerite) et profanes (une sirène). La nef abrite des dalles funéraires médiévales, dont le tombeau des frères von Werd (XIVe siècle), tandis que 28 plaques armoriées (1659–1764) commémorent les administrateurs de la paroisse. La sacristie révèle une gravure de la façade avant 1667 et une inscription en allemand rappelant les bâtiments conventuels de 1502.
Symbole de la confrérie des bateliers, le clocher porte une ancre en croix et un coq, ainsi qu’une cloche en bronze de 1755 classée. L’église, propriété d’une association protestante, reste un lieu de culte actif et un espace culturel, accueillant des concerts classiques depuis le XIXe siècle. Son engagement social contemporain, comme la bénédiction des couples de même sexe (autorisée par l’UEPAL en 2019), perpétue son rôle central dans la vie strasbourgeoise.