Origine et histoire
L’église Saint-Hermeland de Bagneux, édifiée à partir de 1011 sur les vestiges d’un lieu de culte du VIe siècle, est un témoignage majeur de l’architecture religieuse médiévale en Île-de-France. Reconstruite en deux campagnes entre 1180 et 1240, elle combine des éléments romans (base du clocher, XIIe siècle) et gothiques (nef, chœur, XIIIe siècle). Son tympan du Jugement dernier, sculpté vers 1180 et restauré au XIXe siècle, ainsi que ses chapiteaux historiés, illustrent l’art sacré de l’époque. Classée monument historique dès 1862, elle subit d’importantes transformations aux XIXe (flèche de 1851, restaurations par Naissant) et XXIe siècles (campagne 2018-2020).
L’église était initialement liée au chapitre de Notre-Dame de Paris, qui en était le seigneur depuis 829, date à laquelle l’évêque de Paris en fit don aux chanoines pour subvenir à leurs besoins. Ce lien perdura jusqu’à la Révolution, marquant son histoire par des dons de terres, des conflits de droits seigneuriaux, et une dépendance économique forte. Au Moyen Âge, Bagneux, alors appelé Balneolum, était un village viticole et agricole dont les habitants, souvent en tension avec le chapitre, obtinrent progressivement des libertés (exemption de la taille en 1266). La paroisse, dédiée à saint Hermeland (ou Erbland), abbé breton du VIIe siècle, accueillait des pèlerins et des reliques, dont un fragment osseux acquis en 1849.
La Révolution transforma radicalement son destin : convertie en temple de la Raison en 1793, elle vit ses cloches fondues (sauf une), son mobilier pillé (grille volée, dalles funéraires dispersées), et son curé, Gabriel Floret, devenir un acteur de la Société populaire locale. Les restaurations du XIXe siècle (1845-1847, 1860) lui rendirent partiellement son éclat, avec la reconstruction du chevet plat et l’ajout d’une sacristie. Au XXe siècle, des fouilles (2019) révélèrent 24 sépultures médiévales, dont des tombes carolingiennes (VIIe-XIe siècles), confirmant l’ancienneté du site.
Son mobilier reflète son riche passé : vitraux des XVIe et XIXe siècles (dont un Baptême du Christ de 1870), orgue Blondeau de 1840, stalles du XVIIe siècle, et dalles funéraires médiévales (XIIIe-XVIIIe siècles) alignées le long des murs. Parmi elles, celle de Jacques Touchard (1558), ornée d’une effigie en habits sacerdotaux, ou celle des époux Lefèvre (1480-1504), représentant cinq enfants à leurs pieds. Ces éléments, classés avec l’église, en font un musée lapidaire rare en région parisienne.
Les campagnes de restauration récentes (2018-2020, 2,6 M€) ont permis de conserver sa pierre ocre pâle, identique à celle de Notre-Dame, et de moderniser ses équipements (chauffage, éclairage LED, sonorisation). La flèche du clocher, culminant à 145 mètres depuis 1851, domine toujours le paysage bagnolais. Aujourd’hui, l’église reste le seul lieu de culte catholique de la paroisse, mêlant patrimoine médiéval et vie communautaire contemporaine.
Son histoire est aussi marquée par des figures locales, comme le curé François de Chabannes de Rhodes (1760-1776), connu pour un scandale impliquant deux femmes, ou l’architecte Claude Naissant (1801-1879), qui restaura le portail et découvrit les traces de polychromie du tympan. Les vitraux modernes, comme L’Esprit de Saint-Hermeland (2019) de Gilles Audoux, dialoguent avec les éléments anciens, symbolisant la continuité cultuelle et artistique du site.