Origine et histoire de l'Église Saint-Hilaire le Grand
L’église Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers trouve ses origines au IVe siècle, lorsque saint Hilaire, évêque de Poitiers et défenseur de l’orthodoxie chrétienne face à l’arianisme, fit construire une chapelle funéraire hors des murs de la ville. Ce lieu, dédié aux saints Jean et Paul, devint sa sépulture aux côtés de son épouse et de sa fille, sainte Abre. Des fouilles archéologiques menées en 2007-2008 par l’INRAP ont révélé une nécropole paléochrétienne autour de ce tombeau, confirmant l’importance précoce du site comme complexe funéraire et religieux. Détruit à plusieurs reprises par les Vandales (412) puis les Huns (453), le site fut reconstruit et devint un lieu de pèlerinage lié à des légendes, comme celle de la lumière divine avertissant Clovis avant la bataille de Vouillé (507).
Au VIIIe siècle, le site devint une collégiale, mais subit de nouvelles destructions par les Musulmans (732) et les Vikings (863, 865), entraînant le transfert des reliques de saint Hilaire au Puy-en-Velay. La construction de l’édifice roman actuel débuta au XIe siècle, avec une dédicace solennelle en 1049 en présence de treize prélats et de la comtesse Agnès de Bourgogne. L’église, conçue pour accueillir pèlerins et fidèles, se distingua par son plan exceptionnel à sept nefs, une rareté en France, et son chevet à dégradation de volumes symbolisant l’élévation spirituelle. La nef, initialement charpentée, fut voûtée vers 1060-1070 pour éviter les incendies, nécessitant l’ajout de piliers intermédiaires.
L’histoire de l’église fut marquée par des événements politiques et religieux majeurs. En 1172, Richard Cœur de Lion y reçut les insignes du pouvoir ducal. Pendant les guerres de Religion (1562), elle fut pillée et son clocher s’effondra en 1590 avant d’être restauré. La Révolution française causa d’importants dommages : l’église, transformée en écurie, perdit une grande partie de sa nef et fut vendue comme bien national en 1799. Les restaurations du XIXe siècle, menées notamment par Charles Joly-Lanterme à partir de 1855, reconstruisirent la nef en s’inspirant des vestiges romans, bien que deux travées aient été sacrifiées pour percer une rue. Classée Monument Historique en 1847, elle fut aussi inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998 comme étape du chemin de Compostelle.
L’architecture de Saint-Hilaire-le-Grand mêle influences normandes (alternance piliers/colonnes) et auvergnates (absidioles). Son chevet, organisé en quatre niveaux, et son déambulatoire orné de peintures murales romanes – dont une rare représentation de l’Apocalypse – témoignent de sa richesse artistique. La crypte abrite une chasse du XVIIe siècle contenant les reliques de saint Hilaire, tandis que les chapiteaux du XIe siècle, comme celui symbolisant la Résurrection par des lions ressuscitant leurs petits, comptent parmi les plus anciens du Poitou. Malgré les destructions et reconstructions, l’église conserve des éléments uniques, comme sa nef encadrée de trois collatéraux de chaque côté, et un orgue classé du XIXe siècle.
Le chapitre de chanoines de Saint-Hilaire, protégé par les comtes de Poitou puis les rois de France, joua un rôle culturel majeur : vingt-quatre évêques en furent issus, et sa bibliothèque, détruite pendant les guerres de Religion, abritait le premier livre imprimé à Poitiers (1479). Le tombeau de saint Hilaire, lieu de miracles, attira des fidèles jusqu’à sa profanation révolutionnaire. Aujourd’hui, l’église reste un symbole du patrimoine religieux poitevin, bien que des polémiques récentes, comme la construction d’un immeuble à proximité en 2008, aient altéré son environnement historique. Fermée depuis octobre 2024 après un incendie criminel, elle incarne à la fois la résilience et les défis de la préservation du patrimoine.