Origine et histoire de l'Église Saint-Hilarion
L’église Saint-Hilarion de Duravel, située dans le Lot en Occitanie, trouve ses origines au Ve ou VIe siècle, avec un premier oratoire dédié à saint Étienne. Détruite par les invasions barbares, elle fut reconstruite au VIIe siècle sous le patronage de saint Didier, évêque de Cahors. Au XIe siècle, le prieuré fut fondé par l’abbaye de Moissac, dépendante de Cluny, après le don de Duravel par Gausbert et Seguin de Pestillac en 1055. L’église devint alors un lieu de convalescence pour les moines malades, grâce à son éloignement des marécages paludéens de Moissac.
Au XIIe siècle, l’église fut agrandie pour accueillir les pèlerins attirés par les reliques des saints Hilarion, Poémon et Agathon, offertes par Charlemagne à Moissac puis transférées à Duravel. Ces reliques, d’abord conservées dans la crypte sous la croisée du transept, furent déplacées dans un sarcophage derrière le maître-autel. La crypte, d’architecture rare avec ses trois vaisseaux et ses chapiteaux carolingiens réemployés, témoigne de cette période faste. L’édifice fut aussi renforcé par des remparts, et un donjon fut construit près du clocher, démoli ultérieurement entre 1884 et 1900.
La guerre de Cent Ans et les conflits religieux marquèrent durablement l’église. En 1369, Duravel résista aux Anglais, mais en 1596, des protestants et des Croquants prirent la ville, détruisant partiellement la nef et l’absidiole nord. La reconstruction au XVIIe siècle intégra des éléments gothiques, comme la voûte de la nef et la chapelle nord. L’église, sécularisée en 1626 avec Moissac, connut des restaurations majeures aux XIXe et XXe siècles, dont la surélévation de la nef en 1898 et la restauration des peintures murales par Cyprien Calmon en 1884.
L’architecture de l’église mêle styles roman et gothique, avec une nef trapézoïdale à trois vaisseaux, un transept saillant, et une abside profonde ornée d’arcatures. Les chapiteaux, notamment ceux de l’absidiole sud, illustrent des scènes bibliques et moralisatrices (martyre des saints, supplices des damnés). La crypte, classée Monument Historique en 1912, conserve des inscriptions énigmatiques comme « BERNARDUS », peut-être liée à l’évêque de Cahors Bernard IV. L’ensemble, inscrit en 1927, reste un témoignage exceptionnel du patrimoine religieux quercynois.
Les fouilles et restaurations modernes (XXe-XXIe siècles) ont permis de préserver les vitraux, les peintures et la structure de l’édifice. Aujourd’hui, l’église Saint-Hilarion, propriété de la commune, attire pour son histoire liée aux « Corps Saints », son architecture hybride et son rôle central dans l’histoire médiévale de Duravel, entre pèlerinages, conflits et reconstruction.