Origine et histoire de l'Église Saint-Jacques
L'église Saint-Jacques de Compiègne, située dans le département de l'Oise en région Hauts-de-France, est un édifice gothique construit en deux phases majeures : le chœur, le transept et la nef (avec ses bas-côtés) entre 1235 et 1270, puis la partie haute de la nef, le clocher, les chapelles latérales et le déambulatoire entre 1476 et le milieu du XVIe siècle. Ces ajouts tardifs reflètent le style gothique flamboyant, tandis que le clocher, influencé par la Renaissance, domine l'édifice avec ses 51 mètres de longueur. L'église est inscrite depuis 1998 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, soulignant son rôle historique dans le pèlerinage médiéval.
La paroisse Saint-Jacques fut créée en 1199 par division de la ville en trois paroisses, sous l'impulsion du pape Innocent III. Initialement dépendante de l'abbaye Saint-Corneille, elle devint une paroisse royale en raison de sa proximité avec le château. La construction de l'église débuta vers 1235, mais les archives antérieures à 1418 ayant été détruites par un incendie, les dates précises des premières campagnes de travaux reposent sur des analyses stylistiques. Le chœur et le transept, de style pré-rayonnant, sont les parties les plus anciennes, tandis que la nef, édifiée d'est en ouest, fut achevée vers 1270, bien que sa voûte ne fût ajoutée qu'au XVe siècle sous l'impulsion du roi Louis XI (1476-1477).
Au XVIe siècle, l'église fut enrichie de chapelles latérales, d'un déambulatoire irrégulier (en raison des contraintes urbaines) et d'un clocher-tour hors-œuvre, la tour Saint-Jacques, construite entre 1456 et 1500. Ce clocher, à la fois clocher et tour de guet, est orné de pinacles gothiques et de niches à statues, dont sept statues originales subsistent (saint Ambroise, saint Jérôme, saint Jacques le Majeur, etc.). L'intérieur fut profondément transformé à la fin de l'Ancien Régime : le chœur fut revêtu de marbre (1773), les piliers de la nef habillés de boiseries (1777), et le jubé supprimé (1750). Ces modifications reflètent l'évolution des goûts vers le style rocaille et classique.
L'église Saint-Jacques connut des destructions majeures pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment lors des bombardements alliés. Les restaurations d'urgence débutèrent dès 1944 sous la direction de l'architecte A. Collin, suivies par des travaux structurels dans l'après-guerre. Classée monument historique dès 1875 (puis définitivement en 1907), elle abrite un mobilier exceptionnel : boiseries du XVIIIe siècle, orgue classique (1738/1768), statues médiévales (Vierge de douleur et saint Jean, XVe siècle), et des tableaux commandés par Louis XV et Louis XVI. Son histoire reflète à la fois son rôle spirituel, son ancrage dans la vie citadine de Compiègne, et son adaptation aux évolutions architecturales et liturgiques.
Le mobilier et les décors intérieurs illustrent les périodes fastes de l'église. Le banc d'œuvre (1758), la chaire à prêcher (1777), et les boiseries (1767) sont des exemples remarquables de l'art rocaille et néoclassique. Parmi les œuvres d'art, on note les statues de saint Pierre et saint Paul (1713) par François Dumont, les vantaux du portail occidental (vers 1530, style Renaissance italienne), et des tableaux comme Louis XVI rendant grâce à Dieu (fin XVIIIe siècle). L'orgue, restauré en 1965, et les girandoles offertes par Napoléon III témoignent de son prestige continu.
Architecturalement, l'église se distingue par son plan cruciforme irrégulier, son déambulatoire asymétrique (dû à la rue adjacente), et ses voûtes variées (sexpartites dans le transept, à liernes dans les chapelles). Les vitraux, les clés de voûte sculptées, et les chapiteaux à feuillages ou crochets offrent un panorama des styles gothiques, du XIIIe au XVIe siècle. Son classement au patrimoine mondial et sa protection au titre des monuments historiques soulignent son importance patrimoniale, à la fois comme étape jacquaire, témoin de l'histoire locale, et chef-d'œuvre de l'art gothique en Picardie.