Origine et histoire de l'Église Saint-Jacques-le-Majeur
L'église Saint-Jacques-le-Majeur de Salviac, dans le Lot, est une église catholique dont l'édifice se termine par une abside polygonale précédée d'un chœur surmonté d'un clocher barlong dont la partie supérieure semble avoir été refaite. Salviac fut le siège d'un archiprêtré, probablement détaché de celui de Gourdon, et une église dédiée à saint Bruno existait au XIIe siècle avant l'édifice actuel, placé sous le vocable de saint Jacques le Majeur, qui a probablement été construit d'un seul jet au deuxième quart du XIIIe siècle. Le choix de cette nouvelle dédicace a sans doute voulu faire de Salviac une étape sur une voie secondaire du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, venant de Figeac et passant par Rocamadour, Agen et La Romieu, ce qui peut expliquer l'ampleur de la construction dans une communauté modeste ; la présence d'un hôpital en 1387 alors qu'il n'apparaît pas en 1337 renforce l'idée d'un rôle de halte. La commande de l'église pourrait revenir à l'archiprêtre ou au seigneur de Salviac, Guillaume de Gourdon, qui fit allégeance au roi en 1243, puis à son gendre Aymeric de Malemort, sénéchal du roi en Quercy en 1246; la seigneurie passa ensuite aux familles Balène, puis de Jean en 1337, aux Cazeton avant 1387, puis aux Durfort en 1438 jusqu'à la Révolution. Les de Jean ont réalisé de simples remaniements mais ne sont pas les constructeurs initiaux. Plusieurs éléments permettent d'apprécier la chronologie : la chapelle sud-ouest dédiée à saint Eutrope conserve une fenêtre dont le larmier orné de demi-palmettes n'est pas postérieur à 1250, et l'enfeu de la chapelle nord présente un style proche de celui du portail ouest, suggérant une exécution ancienne, peut‑être antérieure à l'achèvement de l'église. Le recours au gothique français peut être lié à l'allégeance de Guillaume de Gourdon au royaume de France. La chapelle sud-est, dont la clef de voûte représente sainte Catherine, n'est pas datable avant le troisième quart du XIVe siècle. L'église semble avoir échappé aux destructions pendant la guerre de Cent Ans et a ensuite été modifiée au XVIe siècle ; elle fut aussi le lieu d'un pèlerinage à saint Eutrope aux XIVe et XVe siècles et servit de temple de la Raison pendant la Révolution. La sacristie, adossée au mur nord, date du XIXe siècle. Classée au titre des monuments historiques en 1913, l'église a bénéficié de restaurations après ce classement ; la charpente en bois de la nef a été remplacée par une structure en béton armé en 1961-1962, puis une campagne de restauration s'est déroulée de 1990 à 2007. L'édifice, à nef unique de trois travées avec un faux transept, est entièrement voûté d'ogives et présente la particularité d'une abside polygonale couverte par une coupole nervée. À l'origine l'église comportait trois portails — le portail ouest est encore en place tandis que les portails nord et sud de la deuxième travée ont été condamnés lors de la construction de la sacristie et d'une chapelle — et plusieurs chapelles latérales furent ajoutées dès une époque ancienne, dont deux flanquant le faux transept. Le décor comporte deux autels secondaires baroques dans les chapelles latérales ; celui de la chapelle nord pourrait dater du début du XVIIIe siècle et relever de l'atelier des Tournié ; le retable, un groupe sculpté et deux verrières ont été classés comme objets en 1975. Les vitraux, commandés par les Durfort et datés du début du XVIe siècle, relèvent du début de la Renaissance par leurs couleurs chaudes, l'expression des visages et les motifs d'architecture, et évoquent les verrières d'Arnaud de Moles pour la cathédrale d'Auch et celles attribuées à un certain Redon pour l'église Saint-Maur de Martel. Une controverse d'interprétation subsista au XIXe siècle à propos d'une verrière que le baron Chaudruc de Crazannes attribuait à un épisode de 1317 et à la famille de Jean, attribution contestée par Didron et par le style qui relève plutôt du début du XVIe siècle. Les vitraux furent vandalisés pendant la Révolution, démontés en 1870 puis maladroitement recomposés dans cinq baies ; certaines verrières illustrent le martyre de saint Eutrope, dont la chapelle latérale est dédiée et qui fit l'objet d'un pèlerinage aux XIVe et XVe siècles ; ces verrières ont été classées comme objets en 1908. Plusieurs autres objets de l'église sont référencés dans la base Palissy.