Origine et histoire de l'Église Saint-Jacques-le-Majeur-et-Saint-Ignace
L’église Saint-Jacques-le-Majeur-et-Saint-Ignace d’Aire-sur-la-Lys, édifiée entre 1682 et 1688, est une réalisation baroque tardive des jésuites. Son chantier, financé par les legs de la famille de Caverel, s’inscrit dans le projet du collège Sainte-Marie fondé en 1612. Les plans initiaux du frère Jean Du Blocq, modifiés par le frère Jean Bégrand, reflètent les principes liturgiques du concile de Trente, avec une nef unique prolongée d’une abside circulaire. Le double vocable, Saint-Jacques-le-Majeur et Saint-Ignace-de-Loyola, honore les donateurs.
Expulsés en 1763, les jésuites abandonnent l’église, qui devient pendant la Révolution une salle de réunion des Amis de la Constitution, dirigée un temps par Lazare Carnot. Vandalisée (mobilier dispersé, vitraux brisés), elle est ensuite transformée en dépôt militaire (1795-1837) avant d’être rendue au culte en 1846. Une restauration majeure en 1853, menée par les prêtres de Saint-Bertin, réinstalle autels, stalles et chaire, tandis que 14 panneaux en bois doré du XVIIIe siècle, sauvés des combles de la collégiale Saint-Pierre après 1944, y trouvent refuge.
Classée monument historique en 1942, l’église se distingue par sa façade de 33 mètres, dépourvue de clocher, et son intérieur marqué par une croix latine symbolique. La crypte, initialement destinée aux sépultures des jésuites, rappelle sa vocation première. Aujourd’hui paroissiale, elle conserve des statues baroques d’apôtres et d’Ignace de Loyola, dont l’origine reste mystérieuse. Son histoire reflète les bouleversements religieux et politiques de la France, de l’Ancien Régime à la restauration concordataire.
Les sources architecturales soulignent son appartenance au réseau des églises jésuites des Pays-Bas méridionaux, avec des influences stylistiques partagées entre Flandre et Artois. Les archives mentionnent des échanges avec Rome pour valider les plans (1620), révélant l’importance stratégique de ce projet pour la Compagnie de Jésus. Les bombardements de 1944, bien que destructeurs pour la ville, épargnèrent partiellement l’édifice, permettant la redécouverte des panneaux dorés dans les années 1950.