Origine et histoire de l'Église Saint-Jean-Baptiste
L’église Saint-Jean-Baptiste de Chaumont-en-Vexin, située dans le département de l’Oise en région Hauts-de-France, est un édifice religieux entièrement construit au XVIe siècle, entre 1530 et 1554. Elle se distingue par son style gothique flamboyant homogène, avec des éléments Renaissance limités au clocher, aux clés de voûte et au décor du portail nord. Son plan cruciforme, incluant un déambulatoire sans chapelles rayonnantes, s’inspire de la cathédrale Notre-Dame de Paris et de la collégiale de Gisors, reflétant l’influence des maîtres-maçons locaux comme Nicolas Jouette et Robert Grappin.
Son implantation sur le flanc oriental de la butte du vieux château, à l’écart du centre-ville, résulte de contraintes topographiques et de la volonté de l’intégrer dans l’enceinte du prieuré Saint-Pierre, exempté de l’autorité archiépiscopale de Rouen. L’accès se fait par des escaliers, et son orientation irrégulière (45° vers le nord-est) est dictée par la pente. Le financement de sa construction fut assuré par les familles nobles locales, notamment les d’Estouteville et les Bourbon-Vendôme, héritiers du comté de Chaumont.
L’intérieur, vaste et lumineux, se caractérise par des voûtes à liernes et tiercerons, des piliers inspirés de ceux de Gisors, et une absence de triforium, typique des églises flamboyantes tardives. Le mobilier inclut des stalles du XVIe siècle provenant de Gisors, des vitraux Renaissance partiellement préservés, et un orgue classé du XIXe siècle. Classée monument historique en 1913, l’église a subi peu de restaurations majeures, conservant ainsi son authenticité architecturale. Elle reste aujourd’hui le centre spirituel de la paroisse Saint-François-d’Assise du Vexin, couvrant 48 communes.
Le portail nord, orné d’un décor flamboyant et d’un tympan Renaissance ajouté vers 1560, constitue l’entrée principale. Le clocher, inachevé et de style Renaissance, contraste avec le reste de l’édifice. Les vitraux, datant pour certains du XVIe siècle, illustrent des scènes bibliques et des donateurs locaux, tandis que les stalles, sculptées de motifs satiriques et de figures hybrides, témoignent de l’artisanat de l’époque. L’histoire de l’église est aussi marquée par son rôle dans la vie religieuse locale, notamment après la fusion des paroisses Saint-Jean-Baptiste et Saint-Martin en 1790.
La topographie complexe du site a influencé son architecture extérieure, avec des balustrades ajourées, des contreforts ornés de pinacles, et des arcs-boutants à simple volée. Les irrégularités du plan, comme l’absence de la première travée de la nef et du second clocher, s’expliquent par des contraintes financières et des changements de projet. Malgré ces particularités, l’église incarne l’apogée du gothique flamboyant dans le Vexin français, mêlant tradition médiévale et innovations Renaissance.
Les vitraux du déambulatoire, parmi les mieux conservés, racontent des épisodes de la vie de saint Jean-Baptiste et de la Vierge Marie, avec des détails narratifs et des couleurs vives. La verrière de la décollation de saint Jean-Baptiste (1574) et celle de sa naissance, toutes deux classées, illustrent le savoir-faire des verriers de la Renaissance. Les restaurations du XIXe siècle, bien que discrètes, ont permis de préserver ces trésors, tout en ajoutant des verrières néo-gothiques pour combler les lacunes.
L’église abrite également des œuvres d’art notables, comme un tableau du Baptême du Christ attribué à l’école de Nicolas Poussin (XVIIe siècle) et des statues du XVIe siècle, dont un Christ de pitié et un saint Jean-Baptiste. Ces éléments, associés à son architecture remarquable, en font un témoignage majeur du patrimoine religieux et artistique des Hauts-de-France.
Enfin, son rôle dans la communauté reste central : seule église de la paroisse à célébrer une messe dominicale hebdomadaire, elle symbolise la continuité du culte catholique dans une région marquée par des bouleversements historiques, de l’Ancien Régime à la Révolution. Son classement et sa conservation exemplaire en font un lieu incontournable pour comprendre l’évolution de l’art sacré en Île-de-France.