Origine et histoire de l'Église Saint-Jean-Baptiste
L'église Saint-Jean-Baptiste de La Porta, édifiée au XVIIIe siècle (1700-1725), est un joyau de l'architecture baroque corse. Sa construction fut dirigée par les maîtres d'œuvre Domenico Baina (architecte milanais) et Francescone, qui achevèrent notamment le campanile à cinq niveaux surmonté d'une coupole et d'une croix tréflée. L'édifice, orienté ouest-est, fut agrandi entre 1680 et 1707, tandis que sa façade et ses décors intérieurs (voûtes, stucs) portent la signature artistique de Baina. Une plaque en marbre atteste de l'achèvement du clocher en 1720, complété après sa mort par l'architecte Pompei de Quercitello.
La dédicace latine « NON SURREXIT MAJOR JOANNE BAPTISTA » (Mt 11,11), gravée au-dessus du portail, souligne son vocation paroissiale. Classée Monument historique en 1975, l'église protège un ensemble remarquable : son campanile, mais aussi son décor intérieur et extérieur, ainsi qu'un mobilier liturgique exceptionnel. Parmi les pièces classées figurent des œuvres des XVIIe–XIXe siècles : un calice de 1777, un tableau offert par Napoléon III en 1855 (L'Annonciation), ou encore une statue du Christ en croix du XVIe siècle, témoignant de la richesse patrimoniale de l'édifice.
L'intérieur abrite plusieurs retables et tableaux en stuc et toile, signés notamment par le peintre Joseph Giordani (actif en 1884), ainsi que des objets d'orfèvrerie et des tissus brodés des XVIIe–XIXe siècles. Ces éléments, propriété de la commune, illustrent l'évolution des pratiques religieuses et artistiques en Corse, entre influences italiennes (baroque milanais) et traditions locales. L'église reste un lieu de culte actif, ancré dans le paysage culturel de la Haute-Corse.
La construction, débutée dès 1644 sous la direction de Baina, s'inscrit dans un contexte de renouveau architectural insulaire, marqué par l'affirmation des paroisses et le mécénat local. Le campanile, symbole de prestige, domine le village de La Porta et reflète les échanges artistiques entre la Corse et l'Italie du Nord à l'époque moderne. Les matériaux (marbre, stuc, bois polychrome) et les techniques employées soulignent cette hybridation culturelle, caractéristique des églises baroques corses.
Enfin, l'édifice est cité dans des ouvrages spécialisés, comme Les églises baroques de Corse (Nicolas Mattei, 2000), qui analysent son langage architectural comme un héritage méconnu. Son classement parmi les Monuments historiques et sa présence dans les bases Mérimée et Clochers de France en font un site incontournable pour l'étude du patrimoine religieux méditerranéen.