Origine et histoire de l'Église Saint-Jean-Baptiste
L’église Saint-Jean-Baptiste de Mazères, située dans le hameau de Mazères sur la commune de Castelnau-Rivière-Basse (Hautes-Pyrénées), remonte principalement au XIIe siècle. Son chœur droit, construit vers 1120, abrite 26 chapiteaux sculptés d’influences variées, notamment celles des abbayes de Saint-Sever et Saint-Sernin de Toulouse. Une tradition attribue sa fondation aux Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, bien que les archives ne le confirment pas avec certitude. Une légende locale lie aussi l’église au martyre de sainte Libérate, princesse wisigothe du Ve siècle, dont les reliques y furent conservées.
Au Moyen Âge, Mazères appartenait à la vicomté de Rivière-Basse, passée sous domination anglaise en 1360 avant d’être reprise en 1407. L’église, devenue paroissiale en 1342 sous l’évêque Pierre-Raymond de Monbrun, fut modifiée pour abriter une chapelle dédiée à sainte Libérate, ornée d’une châsse en marbre et de peintures murales. Pendant la guerre de Cent Ans, elle fut fortifiée avec des salles hautes, des échauguettes et une tour-escalier défensive. Un incendie, survenu durant les guerres de Cent Ans ou de Religion, détruisit une partie de l’édifice, nécessitant la reconstruction des voûtes ogivales et des contreforts au XVIIe siècle.
Au XVIIIe siècle, une sacristie fut ajoutée au sud du chœur, et le sanctuaire reçut un décor en trompe-l’œil imitant le mobilier de la cathédrale de Tarbes. Classée monument historique en 1910 alors en ruine, l’église fut restaurée dans les années 1930. Désaffectée, elle fut sauvée par des travaux majeurs et devint une annexe de l’église de Castelnau-Rivière-Basse. Son architecture, marquée par un chevet roman richement sculpté et une nef sobre, reflète les évolutions stylistiques et les tumultes historiques de la région.
Les chapiteaux du chevet, exceptionnellement bien conservés, illustrent des thèmes variés, allant des scènes bibliques (sacrifice d’Isaac, Adoration des Mages) à des influences aragonaises ou toulousaines. Le portail méridional, moins ouvragé, contraste avec la richesse du chœur. La châsse de sainte Libérate, datée de 1342, témoigne de l’importance cultuelle du site, bien que ses reliques aient été dispersées en 1793. L’église, construite en moellons et pierre de taille, allie simplicité structurelle et raffinement décoratif, typique des édifices religieux du Sud-Ouest.
Les modifications successives — fortification médiévale, voûtement baroque, ajouts néoclassiques — révèlent son adaptation aux besoins liturgiques et défensifs. Aujourd’hui, bien que désaffectée, elle reste un témoignage majeur de l’art roman gascon et des stratifications historiques de la Bigorre, entre influences bigourdanes, béarnaises et toulousaines.