Origine et histoire de l'Église Saint-Jean-Baptiste
L'église Saint-Jean-Baptiste de Vif, située dans l'Isère, trouve ses origines au XIe siècle avec la fondation d'un prieuré bénédictin en 1035 par des moines dépendant de Saint-Laurent de Grenoble. Ce prieuré, doté de nombreux biens et chapelles dépendantes, devient un centre religieux majeur de la vallée de la Gresse. L'église, à la fois abbatiale et paroissiale, est rattachée au prieuré en 1130 et abrite jusqu'à sept religieux. Au XIIIe siècle, un cloître est ajouté, ainsi que des bâtiments conventuels, tandis que la nef est reconstruite dans un style gothique dauphinois.
Les XIVe et XVe siècles marquent une période de transition pour le prieuré. En 1340, l'évêque Jean II de Chissé critique l'état de négligence des lieux, mais en 1390, son successeur Aimon II constate des améliorations significatives, incluant la réalisation de peintures murales dans les collatéraux. Les guerres de Religion ravagent l'église en 1562 et surtout en 1573, lorsque les troupes huguenotes du duc de Lesdiguères incendient le prieuré et abattent les voûtes. L'édifice, laissé à l'abandon, est restauré à partir de 1630, avec la reconstruction des voûtes et la réinstallation du culte catholique.
Au XVIIe siècle, l'église subit plusieurs transformations majeures : le clocher primitif, endommagé par les flammes, s'effondre en 1685 et est reconstruit à l'identique entre 1686 et 1709. En 1673, l'évêque Étienne Le Camus ordonne un blanchiment intérieur, tandis qu'un nouveau cimetière est inauguré en 1780 pour remplacer l'ancien, devenu exigu. La Révolution française met fin au prieuré en 1790, vendue comme bien national après 760 ans d'existence. Seule l'église subsiste, devenant propriété communale en 1906.
Les XIXe et XXe siècles sont marqués par des campagnes de restauration et des découvertes archéologiques. En 1857, le curé Joseph Ollier entreprend des réparations après un coup de foudre, abaissant le toit de la nef et reconstruisant le clocher au-dessus du porche. Le peintre Alexandre Debelle décore l'abside et le chœur en 1865, tandis que des fouilles en 1965 révèlent des chapiteaux du XIe siècle et un cimetière médiéval autour de l'église. En 2007, des peintures murales des XIVe-XVe siècles, recouvertes de badigeons, sont redécouvertes, conduisant au classement de l'église comme Monument Historique en 2011.
L'architecture de l'église mêle styles roman et gothique. Le chevet du XIe siècle, avec ses trois absides, contraste avec la nef du XIIIe siècle, caractéristique de l'architecture dauphinoise en brique. La Tour du Porche, reconstruite en 1857, et le clocher du XVIIe siècle, orné de gargouilles, dominent l'édifice. À l'intérieur, les collatéraux abritent des autels dédiés à saint Joseph et à la Vierge, ainsi qu'un monument aux morts de la Première Guerre mondiale. Les peintures murales, divisées en scènes célestes et terrestres, offrent un témoignage rare de l'art médiéval dans la région.
L'église Saint-Jean-Baptiste est également liée à des personnalités historiques, comme François de Bocsozel, prieur inhumé dans le chœur, ou les enfants Finaly, cachés à Vif pendant la Seconde Guerre mondiale et baptisés dans l'église en 1948. Son histoire reflète les bouleversements religieux et politiques de la région, des guerres de Religion à la Révolution, en passant par les tensions anticléricales du XXe siècle.