Origine et histoire de l'Église Saint-Jean-Baptiste de Viuz
L'église Saint-Jean-Baptiste, située dans le hameau de Viuz à Faverges-Seythenex (Haute-Savoie), est un édifice roman de la seconde moitié du XIIe siècle. Elle se distingue par sa crypte, où subsistent des traces d’un bâtiment romain daté entre les Ier et IVe siècles, ainsi que des vestiges d’églises primitives. Ces découvertes archéologiques attestent d’une occupation continue du site depuis l’Antiquité, avec une première église dédiée à saint Jean-Baptiste construite au VIe siècle.
Les fouilles ont mis au jour une nécropole contenant trente-huit corps dans l’église primitive, ainsi qu’une cinquantaine d’autres sépultures à proximité. Le bâtiment fut modifié à la fin du IXe siècle, après une reconstruction complète au VIIIe ou début IXe siècle, conservant le même plan et emplacement. Ces transformations reflètent l’évolution liturgique et communautaire de la paroisse alpine sur plusieurs siècles.
L’église actuelle, de style roman, intègre des éléments baroques comme des stalles en noyer (1696) et des fonts baptismaux. Son chœur du XIIe siècle, orné de chapiteaux en molasse verte, est classé Monument historique depuis 1926. La nef, restaurée entre 1827 et 1842 dans un style néoclassique, illustre les adaptations architecturales successives. Une pierre gravée d’une croix latine, découverte lors des fouilles de 1977-1978, fut réutilisée comme base d’autel, soulignant la réappropriation des symboles chrétiens à travers les âges.
Le site de Viuz-Faverges, mentionné dans des études archéologiques comme celles de Renée Colardelle, révèle aussi une agglomération antique (Casuaria) liée à la voie romaine de la cluse d’Annecy. Cette stratification historique — du romain au médiéval — fait de l’église un témoin majeur de l’évolution religieuse et sociale des Alpes du Nord.
L’édifice, propriété de la commune, est inscrit à l’Inventaire des Monuments Historiques depuis 1926. Son musée archéologique adjacent, géré par l’association Les Amis de Viuz-Faverges, valorise les artefacts découverts sur place, dont des mortiers analysés lors de colloques comme celui de Dijon en 1987. Ces éléments documentent les techniques de construction médiévales et modernes en Savoie.
Enfin, l’église s’inscrit dans un réseau patrimonial plus large, incluant le diocèse d’Annecy et les églises de Haute-Savoie. Son histoire, croisant sources écrites (François Coutin, Raymond Oursel) et fouilles, offre un éclairage unique sur les paroisses alpines, entre héritage romain, christianisation précoce et adaptations baroques.