Origine et histoire de l'Église Saint-Jean-de-l'Île
L’église Saint-Jean-de-l’Île de Corbeil-Essonnes trouve ses origines dans l’installation des Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem dans l’île de Corbeil à la fin du XIIe siècle. En 1184-1185, Alice de Bergeres offre huit arpents de terre pour y construire une commanderie et une chapelle, tandis que des dons successifs (moulins, droits de justice, terres) de seigneurs locaux et de la famille royale, comme Alix de France (mère de Philippe Auguste), enrichissent le domaine. Ces acquisitions permettent la fondation d’un prieuré en 1223 par la reine Ingeburge, veuve de Philippe Auguste, qui transforme la commanderie en prieuré et dote l’ordre de revenus substantiels, dont une rente de cinquante mesures de blé.
La chapelle, de plan en croix latine, est édifiée avec une nef unique, un transept et un chœur à abside heptagonale, voûtés sur croisées d’ogives. Son décor sculpté et ses vitraux en font un édifice remarquable, décrit en 1495 comme « sumptueusement édifié ». Le prieuré, entouré de prairies et de bâtiments conventuels, devient un centre religieux et économique majeur, possèdant des terres, des vignes et des droits seigneuriaux sur Corbeil et ses environs. Cependant, sa gestion est marquée par des crises, notamment au XIVe siècle, où la mortalité et une mauvaise administration réduisent ses revenus, nécessitant l’annexion de commanderies voisines comme Savigny-le-Temple.
Au fil des siècles, le prieuré subit des transformations et des déclin. En 1793, il est converti en poudrerie et la chapelle en usine à charbon, endommagée par des explosions. Sauvée par les protestations locales vers 1820, elle devient un lieu de stockage avant d’être restaurée et classée monument historique en 2007. Aujourd’hui, la chapelle, dernier vestige du prieuré, sert de lieu d’exposition temporaire, témoignant de son passé hospitalier et royal.
Les possessions du prieuré s’étendaient sur plus de 200 arpents de terres arables, des forêts (comme celle de Rougeau), et des droits de justice à Corbeil, Mormant et Vilbert. Ses revenus, estimés à 21 500 livres en 1783, provenaient aussi de commanderies rattachées comme Melun ou Tigery. La reine Ingeburge y joua un rôle central, y fondant un service perpétuel de messes pour les souverains défunts et y résidant avant sa mort. L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, après des conflits de gestion au XVIIe siècle, finit par rattacher le prieuré au trésorier général de l’Ordre en 1631.
L’architecture de la chapelle, bien que privées de sa flèche et de son toit d’origine, conserve des éléments gothiques précoces, comme ses lancettes et ses voûtes. Les procès-verbaux des XVe et XVIe siècles décrivent un intérieur riche, avec un tabernacle en ivoire, des chandeliers de cuivre et des fresques représentant l’Assomption. Ces détails, combinés à son histoire liée à la couronne de France et à l’ordre hospitalier, en font un monument emblématique du patrimoine médiéval francilien.