Origine et histoire de l'Église Saint-Joseph
L'église Saint-Joseph du Havre est une reconstruction emblématique du centre-ville détruit lors des bombardements de septembre 1944, qui firent près de 3 000 morts et rasèrent 80 % de la ville. Conçue par Auguste Perret, architecte pionnier du béton armé, elle incarne la modernité architecturale et la résilience urbaine. Sa tour-lanterne de 107 mètres, visible à 60 km en mer, sert à la fois de phare spirituel et de mémorial aux victimes.
La première église Saint-Joseph, construite en 1873 dans un style néogothique, fut détruite en 1944. Le projet de reconstruction, lancé en 1951, s’inspire des plans de Perret pour la basilique Sainte-Jeanne-d’Arc (1926), combinant un plan carré et une verticalité gothique. Raymond Audigier, collaborateur de Perret, et l’abbé Marcel Marie, curé visionnaire, transforment l’édifice en un lieu de culte innovant, anticipant les réformes liturgiques de Vatican II.
Les vitraux abstraits de Marguerite Huré, couvrant 378 m2, utilisent 12 768 verres colorés pour créer une symbolique chromatique liée aux vertus théologales. L’église, classée monument historique en 2018 et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2005, marque un tournant dans l’art sacré du XXe siècle. Son béton brut et ses lignes épurées, initialement critiqués, sont aujourd’hui célébrés comme un chef-d’œuvre du classicisme structurel.
La construction, achevée en 1957, repose sur des techniques avancées : 71 pieux Franki de 15 mètres, des piliers en béton précontraint, et une charpente renforcée par des tirants Freyssinet. L’autel central, taillé dans du granit du Tarn, symbolise une liturgie participative. L’église reste un lieu de culte actif, dédié aux « gens de mer », et accueille annuellement 100 000 visiteurs.
Auguste Perret, décédé en 1954 avant l’achèvement des travaux, y voit l’aboutissement de sa quête d’un « classicisme structurel ». Son œuvre, longtemps controversée, est aujourd’hui reconnue comme une révolution architecturale, comparable à l’avènement du gothique. La tour-lanterne, premier monument visible depuis la mer, incarne la renaissance du Havre et sa transformation en ville moderne.