Origine et histoire de l'Église Saint-Laurent
L’église Saint-Laurent de Beaumont-sur-Oise, édifiée entre le XIIe et le XVIe siècle, est un témoignage précoce de l’architecture gothique en Île-de-France. Sa nef, conçue pour trois niveaux (triforium et fenêtres hautes), resta inachevée et fut recouverte d’une charpente en carène renversée, remplacée au XIXe siècle par des voûtes controversées. Le chœur, datant du dernier quart du XIIe siècle, conserve une abside carrée et une voûte sexpartite, inspirée de Notre-Dame de Paris. Son plan original, avec doubles bas-côtés, est unique dans les églises rurales de la région.
Classée monument historique dès 1862 parmi les premiers du Val-d’Oise, l’église subit des restaurations malencontreuses : la charpente médiévale fut vendue en 1878, et des voûtes en plâtre abaissèrent la nef, assombrissant l’édifice. Déclassée puis reclassée en 1895, elle bénéficia de restaurations ultérieures (1907–1908, 1928) après les bombardements de 1940. Le clocher Renaissance, orné de sculptures et d’un dôme à lanternon, domine la façade occidentale, seule partie visible depuis la voie publique.
L’intérieur révèle des chapiteaux du XIIIe siècle d’une grande expressivité, inspirés de la nature (feuilles de chêne, vigne, arum), et un triforium aux colonnettes fines, caractéristique des influences parisiennes. Les bas-côtés, homogènes sauf au nord où subsiste la base d’un clocher roman (vers 1130), communiquent avec la nef par des arcades brisées. Le chœur, plus lumineux, présente une sculpture sobre mais innovante, préfigurant le gothique. Malgré les altérations des XIXe et XXe siècles, l’église reste un exemple remarquable de l’évolution architecturale entre roman et gothique.
L’édifice est lié à des figures comme l’architecte Eugène Millet, responsable de la restauration contestée de 1860, ou Gabriel Ruprich-Robert, qui supervisa la restauration du clocher en 1895. Son histoire reflète les défis de la préservation du patrimoine, entre interventions maladroites et efforts de réhabilitation. Aujourd’hui, elle forme un ensemble paroissial avec les villages voisins de Mours, Nointel et Presles.
La localisation de l’église, sur un point élevé dominant la vallée de l’Oise, souligne son rôle historique dans le paysage urbain. Bien que seule la façade soit accessible, son clocher et sa structure interne en font un monument clé du Val-d’Oise, étudié pour ses innovations architecturales et ses chapiteaux, comparables à ceux de la collégiale de Mantes ou de l’abbatiale de Royaumont.