Origine et histoire de l'Église Saint-Laurent
L’église Saint-Laurent de Saint-Laurent-des-Arbres, mentionnée dès 919 sous le nom Ecclesia Sancti Laurentii de Arboribus, fut donnée à l’évêque d’Avignon Fulcherius par Laudoyn et son épouse Eiglenracla. Ce don, acté sous le règne du roi de Provence Louis l’Aveugle, ne concernait alors que l’église et ses terres, excluant le village et le château, acquis plus tard par les évêques en 1232. Les premières structures romanes (nef et chapelle latérale) datent du XIe siècle, mais l’édifice fut agrandi au XIIe siècle (ajout d’une coupole) et massivement fortifié au XIVe siècle, sous l’impulsion de la papauté d’Avignon, pour servir de forteresse doublant le château voisin.
La fortification de l’église, dirigée par le cardinal Anglic Grimoard, s’inscrit dans une campagne défensive régionale face aux menaces des guerres de Religion. Prise à deux reprises en 1562 par les protestants (calvinistes puis baron des Adrets), elle fut réparée par la communauté villageoise vers 1630-1632, puis entretenue jusqu’au XVIIIe siècle. Son rôle stratégique déclina après la Révolution, marquée par l’exil du curé Liotard, refusant la Constitution civile du clergé en 1790. Classée Monument Historique en 1892, l’église conserve des traces de ses transformations, dont un portail classique du XVIIe siècle contrastant avec sa maçonnerie romane.
Architecturalement, l’église allie un plan roman originel (nef de quatre travées, abside et absidioles) à des éléments défensifs gothiques : chevet surélevé en triple tour crénelée, meurtrières, et trous de boulin. La coupole de la croisée du transept, ornée des symboles des Évangélistes, et la maçonnerie en arête-de-poisson (visible sur les façades et le chevet) témoignent de techniques médiévales. Malgré des restaurations controversées en 1888, altérant partiellement son caractère roman, l’édifice reste un exemple remarquable d’église fortifiée provençale, liée à l’histoire des évêques d’Avignon et aux conflits religieux.
Toponymiquement, le village évolua de Sancti Laurentii de Arboribus (moyen âge) à son nom actuel après 1550, reflétant son appartenance partagée entre les diocèses d’Uzès (temporel) et d’Avignon (spirituel). La viguerie de Roquemaure, à laquelle appartenait Saint-Laurent-des-Arbres, regroupait quatorze villages sous l’autorité des évêques, soulignant son importance régionale. Aujourd’hui, l’église, propriété communale, incarne ce patrimoine complexe, où se croisent pouvoir épiscopal, architecture militaire et vie villageoise.