Origine et histoire de l'Église Saint-Léger
L'église Saint-Léger d'Agnetz, située dans l'Oise en région Hauts-de-France, est un édifice catholique paroissial dont la construction débute vers 1230. Son architecture surprend par ses volumes imposants pour un village modeste, s'expliquant par l'étendue passée de son territoire paroissial (incluant des hameaux comme Warty et des faubourgs de Clermont). La nef, d'inspiration gothique primitif, évolue vers le style rayonnant avec ses arcatures et son remplage élégant. Le chantier, interrompu vers 1250-1260, reprend vers 1270-1280 pour achever le transept, le chœur et l'un des rares clochers du XIVe siècle dans l'Oise. Une abside flamboyante, ajoutée vers 1520-1530, complète l'ensemble sans rompre son harmonie.
La paroisse d'Agnetz, prospère grâce aux foires de Clermont et au défrichement de la forêt de Hez, comptait 800 à 900 communiants au Moyen Âge. Saint Léger d'Autun en était le patron principal, avec des reliques conservées jusqu'au XIXe siècle. Sainte Agnès, ajoutée comme seconde patronne au XVIe siècle, partage son nom avec le village. L'église, classée Monument Historique en 1850, a subi des restaurations majeures après des dommages (incendie de 1743, ouragan de 1876) et des modifications comme le bouchage de fenêtres occidentales pour se protéger des vents. Son mobilier inclut une Mise au Tombeau de 1555 et des vitraux du XVIe siècle, partiellement restaurés.
L'édifice illustre la transition entre les styles gothiques : primitif (bas-côtés, grandes arcades), rayonnant (nef, transept, clocher) et flamboyant (abside). La nef, haute de 17 mètres, présente une élévation à trois niveaux (grandes arcades, faux triforium, fenêtres hautes) et des voûtes aux profils homogènes, malgré des débats sur leur datation (XIIIe ou XIVe siècle). Le transept, non saillant, et le chœur à chapelles latérales reflètent une homogénéité stylistique remarquable, malgré une interruption du chantier. L'abside, avec ses contreforts flamboyants et ses vitraux narratifs (vie de saint Léger, saint Jean-Baptiste), témoigne de la vitalité artistique locale au XVIe siècle.
Le clocher, trapu et carré, est l'un des derniers construits dans l'Oise avant la guerre de Cent Ans. Ses baies triples, inspirées du style rayonnant, et son toit en pyramide d'ardoise le distinguent des clochers en bâtière régionaux. Les restaurations des XIXe et XXe siècles (1853, 1876, 1924) ont préservé sa structure, malgré des modifications comme la disparition du porche en bois devant le portail occidental. Les vitraux, bien que restaurés en 1873 et après 1950, conservent des fragments du XVIe siècle, dont un millésime de 1540.
L'église abrite un mobilier remarquable : une Mise au Tombeau en pierre (1555) aux têtes refaites en 1883, des fonts baptismaux du XIIIe siècle, et une poutre de gloire du XVIe-XVIIe siècles. Les stalles, statues (saint Léger, saint Christophe) et retables complètent cet ensemble. La crypte sous la sacristie, accessible par la chapelle Saint-Christophe, conserve une table d'autel rare. Les comptes de fabrique depuis 1552 documentent son entretien, incluant la réparation des voûtes après des chutes de pierres en 1909 et la lutte contre l'humidité due aux sources sous-jacentes.
Classée dès 1850, l'église a inspiré des éloges comme celui d'Ernest Renan (1862), la comparant à Longpont-sur-Orge pour son « hardiesse mesurée ». Son plan symétrique, malgré des ajouts comme la sacristie Renaissance (1552-1555), et son élévation sur un coteau boisé au-dessus de la vallée de la Brêche en font un repère visuel majeur. Les matériaux, pierre calcaire blonde de Saint-Leu-d'Esserent pour les parties nobles et moellons pour les bas-côtés, reflètent les ressources locales et les choix esthétiques des bâtisseurs médiévaux.