Origine et histoire de l'Église Saint-Léger
L’église Saint-Léger d’Ébreuil, située dans le bourg sur la rive gauche de la Sioule (Allier), trouve ses origines au Xe siècle avec l’arrivée de moines fuyant les Normands. Ces religieux, originaires de Saint-Maixent-de-l’École (Poitou), emportent les reliques de saint Léger d’Autun et obtiennent en 961 du roi Lothaire la terre d’Ébreuil pour y fonder un monastère. La construction de l’église actuelle débute au début du XIe siècle, remplaçant un premier édifice bâti entre 961 et 1025. L’abbatiale, de style roman, intègre des éléments proto-gothiques au XIIe siècle, comme le chevet à chapelles rayonnantes (1171), marqué par des arcs-boutants ajoutés a posteriori.
La nef, caractéristique du XIe siècle, conserve une charpente en bois d’origine et des piliers rectangulaires dépourvus de sculpture. Le transept nord, contemporain, arbore un triplet roman et des chapiteaux sculptés. Le chœur, élégant avec son rond-point et ses colonnes fasciculées, mêle influences romanes tardives et gothiques naissantes, comme en témoignent les clefs de voûte sculptées (agneau pascal, ange thuriféraire). Les peintures murales, réalisées entre 1085 et 1120 sur la tribune, forment un triptyque narratif exceptionnel : martyres de saints (Pancrace, Valérie) et scènes archangéliques, complétées au XVe siècle par des fresques gothiques dans la nef (saint Georges, Mater dolorosa).
Le clocher-porche, massif et inspiré de l’art roman ligérien (comparable à Saint-Benoît-sur-Loire), domine l’entrée. Ses portes en bois, recouvertes de peaux teintées et ornées de heurtoirs en bronze à protomés de lion, portent une inscription latine : « Adest porta per quam justi redeunt ad patriam » (« Voici la porte par laquelle les justes rejoignent leur patrie »). À la Révolution, l’abbatiale devient église paroissiale, remplaçant Notre-Dame (aujourd’hui détruite). Classée Monument Historique en 1914, elle appartient désormais à la commune d’Ébreuil.
Les études récentes (Georges Jousse, Éliane Vergnolle) soulignent son rôle dans l’architecture religieuse auvergnate, entre influences aquitaines et bourbonnaises. Les peintures, parmi les mieux conservées de France, offrent un témoignage rare de l’iconographie romane. Le site, ouvert au public, conserve aussi des vestiges des bâtiments conventuels du XVIIIe siècle, adjacents à l’abbatiale.