Origine et histoire de l'Église Saint-Léger
L’église Saint-Léger de Lucheux, située dans la Somme (Hauts-de-France), fut édifiée à partir du XIIe siècle comme église priorale et paroissiale. Elle dépendait d’un prieuré bénédictin fondé en 1095 par Hugues II Campdavesne, comte de Saint-Pol, qui y installa des moines de l’abbaye de Molesme. Son nom rend hommage à saint Léger, évêque d’Autun martyrisé au VIIe siècle dans la forêt voisine. L’édifice mêle des éléments romans (chapiteaux, voûtes d’ogives parmi les plus anciennes de France) et des ajouts gothiques ou postérieurs, comme les collatéraux des XVIe-XVIIe siècles.
La façade sobre, reconstruite aux XVIe-XVIIe siècles, contraste avec la richesse intérieure : nef à piliers cylindriques, arcades en plein cintre, et un vitrail représentant l’exécution de saint Léger, où deux bourreaux convertis refusent de participer au martyre. Le chœur, remanié vers 1175, intègre des innovations gothiques (voûtes, arcades brisées). Le maître-autel du XVIIIe siècle provient de la chapelle du château local. L’église, classée Monument Historique en 1904 et 1913, fut vendue comme bien national avant de retrouver sa fonction paroissiale.
Les campagnes de restauration ont marqué son histoire, notamment au XVIe siècle pour renforcer la structure, et aux XVIIe-XVIIIe siècles pour unifier la toiture entre nef et transept. Aujourd’hui, la dégradation de la façade occidentale, remaniée au XVIIe siècle, et des restaurations ultérieures en brique posent des défis de conservation. Le logis du prieur, seul vestige du prieuré avec l’église, sert désormais de sacristie. Les chapiteaux romans, illustrant parfois les péchés capitaux, et les voûtes en carène renversée témoignent de son héritage artistique.
Saint Léger, patron de l’église, fut un évêque d’Autun (ou d’Arras selon les sources) martyrisé vers 670 dans la villa de Sarcingeo (actuel Cherchin, près de Lucheux). Sa légende, représentée dans un vitrail, raconte que deux de ses trois bourreaux se convertirent in extremis, refusant de l’exécuter. Ce récit, lié à l’histoire locale, renforce le caractère symbolique de l’édifice. L’église, initialement collégiale, devint priorale après sa donation à Molesme, puis paroissiale après la Révolution.
Les sources archéologiques et historiques (Enlart, Aubert, Seydoux) soulignent son importance dans l’architecture romane picarde. Les voûtes du XIIe siècle comptent parmi les plus anciennes de France, tandis que les modifications ultérieures reflètent les évolutions stylistiques et les besoins liturgiques. La charpente lambrissée, aujourd’hui cachée par une toiture unique, et les baies obstruées des murs gouttereaux révèlent les transformations subies par le bâtiment au fil des siècles.