Origine et histoire de l'Église Saint-Leu
L’église Saint-Leu d’Amiens, édifiée principalement au XVe siècle dans le style gothique flamboyant, est un témoignage majeur du patrimoine religieux amiénois. Sa reconstruction, achevée en 1449, fut financée par les paroissiens, reflétant la prospérité retrouvée de la ville. Agrandie à la fin du XVe siècle, elle fut marquée par des événements tragiques, comme l’effondrement de son clocher en 1581, causant la mort de 68 personnes lors d’une tempête.
Au XVIIIe siècle, l’église subit des transformations liées aux bouleversements politiques et religieux. En 1790, avec la Constitution civile du clergé, son curé, l’abbé Delgove, refusa de prêter serment et dut s’exiler. Trois ans plus tard, le bâtiment fut dépouillé de son mobilier et converti en magasin de fourrage pour l’armée révolutionnaire. Il ne fut rendu au culte qu’en 1796, sous le Directoire. Au XIXe siècle, des restaurations majeures furent entreprises, notamment par l’architecte Vigreux en 1853, tandis que les bombardements de 1918 détruisirent ses derniers vitraux anciens.
Classée monument historique en 1906, l’église Saint-Leu se distingue par son plan basilical à trois nefs d’égale hauteur, typique des églises-halles. Son clocher-porche, reconstruit vers 1500, arbore des arcatures flamboyantes et une toiture à pavillon caractéristique de la région. À l’intérieur, les berceaux brisés en bois du XVe siècle, les clefs de voûte sculptées, et les autels du XIXe siècle illustrent son évolution artistique. L’orgue, partiellement remonté au XVIIIe siècle, et les statues classées, comme celle de saint Leu par Jean-Baptiste Carpentier, enrichissent son patrimoine.
Le parvis de l’église abrite depuis 1961 Demeure IV, une sculpture moderne d’Étienne Martin, initialement installée place Léon Gontier. Ce contraste entre art contemporain et architecture médiévale souligne la vitalité culturelle du quartier Saint-Leu. Les archives révèlent aussi son ancien rôle de prieuré, lié à l’abbaye Saint-Martin-aux-Jumeaux dès le XIe siècle, et l’existence d’un cimetière paroissial supprimé en 1597. Les restaurations successives, notamment celles de 1747 (charpente) et 1856 (relevé par Vigreux), ont préservé cet édifice emblématique des Hauts-de-France.