Origine et histoire
L'église Saint-Lucien d'Avrechy, située dans l'Oise en région Hauts-de-France, est un édifice religieux dont la construction s'échelonne sur plusieurs siècles. Son chœur carré, bâti au second quart du XIIe siècle dans un style roman tardif, est la partie la plus ancienne. Il se distingue par une voûte d'ogives romane de grandes dimensions pour l'époque, avec des nervures soigneusement moulurées et des chapiteaux variés. Ce chœur, dédié à saint Lucien de Beauvais et à sainte Waudru de Mons, conserve des reliques de ces deux saints, placées dans des châsses près du maître-autel néoroman. La voûte, bombée et appareillée perpendiculairement aux ogives, présente des archaïsmes typiques des premières expériences de voûtement d'ogives dans la région, tout en affichant des innovations comme des formerets moulurés.
À partir de la fin du XVe siècle et jusqu'au milieu du XVIe siècle, le reste de l'église est reconstruit dans le style gothique flamboyant, à l'exception du chœur roman. Cette reconstruction inclut la nef, les bas-côtés presque aussi hauts que la nef, et un transept moins large que cette dernière. Le croisillon nord du transept sert de base au clocher. Les voûtes de la nef et des bas-côtés, homogènes malgré des incohérences stylistiques, retombent sur des culots décorés de moulures ou de motifs végétaux. Les fenêtres latérales, en tiers-point, présentent des remplages flamboyants tardifs, avec des formes simples et assagies, reflétant la transition vers la Renaissance.
Le portail occidental, ajouté en dernier lieu sous le règne de Henri II (1547-1559), est de style Renaissance. Il se compose de deux portes en plein cintre flanquées de colonnes doriques cannelées, supportant un entablement complet. Le décor sculpté, caractéristique de la Renaissance, inclut des caissons, des rosaces, et des têtes de chérubin, bien que fortement dégradé aujourd'hui. Ce portail, bien que de qualité, est décrit comme froid et formaliste, sans originalité particulière.
L'église Saint-Lucien est classée au titre des monuments historiques depuis le 29 août 1950. Elle a connu plusieurs restaurations, notamment au XIXe siècle, où le chœur roman, profondément dégradé, a été consolidé. En 1882, la paroisse a obtenu une relique de sainte Waudru, une vertèbre, pour remplacer celles perdues. En 1964, les obsèques de l'amiral Georges Thierry d'Argenlieu, chancelier de l'Ordre de la Libération, y ont été célébrées en présence du général de Gaulle. Aujourd'hui, l'église, bien que n'étant plus une paroisse indépendante, reste un lieu de culte actif au sein de la paroisse Saint-Vincent-de-Paul du Pays de Chaussé.
Le mobilier de l'église comprend plusieurs éléments notables, dont des dalles funéraires des XVIe et XVIIe siècles, comme celle de Françoise d'Argillière (1526) ou de Louis d'Hangest et son épouse Jeanne de Collincourt (XVIe-XVIIe siècles). Une plaque de fondation du XVIIe siècle rappelle le legs du sculpteur Fleury Macqueron, tandis qu'une plaque commémorative du XVIIIe siècle honore Pierre Joseph Gon de Vassigny, président de la Cour des aides de Paris. Les vitraux, partiellement classés, incluent des fragments d'un vitrail de 1554, aujourd'hui montés dans une fenêtre du bas-côté nord.
Architecturalement, l'église se distingue par son plan cruciforme simple et presque symétrique, avec une nef de trois travées accompagnée de bas-côtés, un transept non débordant, et un chœur carré au chevet plat. Le clocher, situé au-dessus du croisillon nord, est dépourvu d'intérêt architectural particulier, avec un étage de beffroi ajouré de baies en plein cintre. L'extérieur du chœur, sobre et peu décoré, reflète les caractéristiques de l'architecture romane primitive, tandis que les parties flamboyantes affichent un appareil en pierre de taille d'une grande régularité. L'église, entourée d'un cimetière, domine la rue principale du village grâce à un mur de soutènement, bien que son portail occidental, sans accès direct depuis la rue, soit peu utilisé.