Origine et histoire
L'église Saint-Lucien de Montmille, située dans le hameau de Montmille à Fouquenies (Oise, Hauts-de-France), est un édifice religieux d'origine médiévale. Elle est édifiée sur le lieu présumé du martyre de saint Lucien, patron du Beauvaisis, et de ses disciples saint Maxien et saint Julien, décapités au même endroit sous l'Empire romain. Une crypte, datant au moins du XIe siècle, marque l'emplacement de leur sépulture initiale. Cette crypte, rare dans la région, est un lieu de pèlerinage depuis le Moyen Âge, attirant des fidèles notamment lors de la mi-carême.
L'église actuelle, de tradition carolingienne, est généralement datée du XIe siècle, bien que certaines parties, comme la nef, pourraient remonter à la fin du Xe siècle. Elle était initialement flanquée de bas-côtés, aujourd'hui disparus, et son chœur était voûté d'arêtes, une particularité architecturale pour l'époque. La crypte, située sous le chœur, est restée intacte malgré les transformations majeures de l'édifice au XIXe siècle, notamment son voûtement néoroman et néogothique. Ces travaux, financés par une souscription publique lancée en 1847, ont profondément modifié l'intérieur tout en préservant certains éléments anciens, comme les colonnettes du chœur.
Le prieuré bénédictin de Montmille, fondé avant le Xe siècle et dépendant de l'abbaye Saint-Lucien de Beauvais, joua un rôle central dans la vie religieuse locale jusqu'à sa suppression en 1668. Le pèlerinage, interrompu pendant la Révolution française, fut rétabli en 1847 par l'évêque Joseph-Armand Gignoux, avec le soutien du pape Pie IX. Ce renouveau attira jusqu'à 2 000 pèlerins annuels, notamment des étudiants et élèves des écoles catholiques de la région. L'église, classée monument historique en 1913 pour sa crypte et son mur pignon, reste un lieu de culte actif et un témoignage de l'histoire religieuse du Beauvaisis.
La légende de saint Lucien, martyrisé vers 287 avec ses disciples Maxien et Julien, est au cœur de l'identité de Montmille. Selon la tradition, Lucien, après sa décapitation, aurait porté sa tête jusqu'à Beauvais, où il fut inhumé. Ses reliques, partiellement conservées à Montmille, furent l'objet d'une vénération intense, motivant la construction d'une chapelle puis d'une église priorale. La crypte, lieu de leur supplice, abrite encore des reliques et une statue du saint, renforçant le caractère sacré du site.
L'architecture de l'église reflète son évolution complexe. La nef, la plus ancienne, présente des caractéristiques carolingiennes, comme des fenêtres hautes et des grandes arcades en plein cintre. Le chœur, légèrement postérieur, était voûté dès l'origine, une rareté pour les églises rurales de l'époque. Les transformations du XIXe siècle, bien que controversées pour leur impact sur l'authenticité de l'édifice, ont permis de restaurer sa fonction liturgique et son rôle dans la communauté. Aujourd'hui, l'église fait partie de la paroisse du Haut-Beauvaisis et accueille encore des messes, perpétuant une tradition millénaire.
Le mobilier de l'église inclut des éléments classés, comme un autel monolithe de la crypte datant du XIe ou XIIe siècle, un Christ en croix du XIIe siècle provenant de l'ancienne façade, et une stalle du XVIe ou XVIIe siècle. Ces objets, ainsi que les reliques des saints martyrs, témoignent de la richesse historique et spirituelle du lieu. La crypte, avec ses voûtes d'arêtes et ses escaliers d'origine, reste le cœur symbolique de l'édifice, attirant autant pour son architecture que pour son histoire légendaire.