Origine et histoire de l'Église Saint-Lucien
L'église Saint-Lucien de Warluis, située dans l'Oise en région Hauts-de-France, est un édifice composite dont les parties les plus anciennes remontent au XIe siècle. La nef, simple salle rectangulaire, date de cette période, tandis que le clocher roman, élégant et atypique par sa position latérale, fut ajouté au premier tiers du XIIe siècle. Ces éléments contrastent avec le transept et l'abside, construits au début du XVIIe siècle dans un style gothique flamboyant, alors déjà dépassé, reflétant des contraintes budgétaires et des débats sur le financement entre habitants et décimateurs comme l'abbaye Saint-Lucien de Beauvais.
L'histoire de l'église est liée à celle de la seigneurie de Warluis, donnée en 1030 par l'évêque de Beauvais à l'abbaye Saint-Lucien pour apaiser les tensions avec les habitants. La paroisse, érigée avant 1157, fut longtemps gérée par les moines bénédictins, qui y établirent une métairie et une maladrerie. Au XVIIe siècle, après le départ des religieux, les terres furent mises en fermage, mais l'abbaye conserva le droit de nommer le curé jusqu'à la Révolution. Les parties orientales de l'église, construites entre 1604 et 1607, portent l'empreinte de cette transition, avec des inscriptions comme celle de Gilles Mauborgne, arpenteur et fondateur.
Au XIXe siècle, l'église subit des modifications majeures : la nef fut prolongée en 1866 grâce au marquis Albéric de Gaudéchart, et les voûtes des croisillons, initialement absentes, furent ajoutées en 1888 et 1891. Ces travaux, financés par des dons privés, intégrèrent des éléments néo-gothiques, comme les culs-de-lampe sculptés. L'édifice, inscrit aux monuments historiques en 1986, abrite également des vitraux remarquables, dont une verrière du XVIe siècle classée, offerte par des donateurs liés à l'abbaye, et des créations du XIXe siècle illustrant des scènes hagiographiques ou historiques.
Le clocher, positionné au sud de la nef, est un exemple rare de tour romane à baies uniques par face, décorée de chapiteaux sculptés de palmettes et de monstres. Son style le rapproche de ceux de Marissel ou Frouville, bien que ses baies, cantonnées de cinq colonnettes, soient plus élaborées. Les parties orientales, plus sobres, reflètent une construction économique, avec des murs en moellons et un décor sculpté quasi absent. L'intérieur, sobre mais harmonieux, mêle nef romane, voûtes gothiques et ajouts néo-romans, témoignant des évolutions architecturales et des besoins liturgiques.
L'église Saint-Lucien conserve plus d'une centaine de reliques, dont certaines proviennent de l'abbaye Saint-Paul-lès-Beauvais, confiées à une famille locale en 1791 avant d'être restituées à la paroisse en 1882. Parmi elles, une épine de la Sainte Couronne et des reliques de saint Lucien, patron du Beauvaisis, soulignent le lien historique entre l'édifice et les institutions religieuses régionales. Aujourd'hui affiliée à la paroisse « Sainte-Madeleine-en-Beauvaisis », l'église reste un lieu de culte actif, ouvert aux visiteurs.
Son mobilier et ses vitraux, comme celui du chevet classé en 1912, racontent l'histoire locale et religieuse. Ce vitrail du XVIe siècle, offert par Jean Le Boucher et dom Yves Cuisinier, représente des donateurs en prière et des saints céphalophores, tandis que les verrières du XIXe siècle, données par des familles nobles comme les Gaudéchart ou les Courtils de Merlemont, célèbrent des épisodes bibliques ou des figures saintes. Ces éléments artistiques, combinés à l'architecture éclectique, font de l'église un témoignage vivant du patrimoine religieux et social de l'Oise.