Origine et histoire de l'Église Saint-Malo
L'église Saint-Malo de Dinan est un édifice catholique représentatif du gothique flamboyant en Bretagne. La première église, fondée au XIe siècle et liée au prieuré établi en 1066 par Olivier, vicomte de Dinan, se trouvait hors des murailles et dépendait de l'abbaye de Marmoutiers après la cession par l'évêque d'Aleth en 1108. Craignant que l'ennemi n'utilise ce point d'appui, le duc ordonne sa destruction en 1487–1488 et le titre paroissial est transféré à l'intérieur des remparts pour une reconstruction ex nihilo. Les travaux de la nouvelle église débutent en 1490 sous l'égide et le patronage de Jean II de Rohan, qui finance terrains et travaux et veut faire de l'édifice un symbole de son pouvoir ; une inscription sur le pilier sud‑est du transept atteste de cette fondation. Le chantier progresse rapidement : en 1491 la partie basse du chœur est déjà couverte de chaume, et en 1505 le maître maçon Jehan Lemaître se rend à Coutances pour s'inspirer de Saint‑Pierre pour la partie haute du chœur. Les donations de la duchesse Anne et du roi Louis XII, ainsi que celles des paroissiens, permettent d'achever le chœur voûté en bois, le déambulatoire, les chapelles et les murs du transept ; le clocher sans flèche est élevé en 1517. Les chapelles nord sont édifiées au milieu du XVIe siècle, comme l'indique une inscription de 1549, mais le manque de moyens, les guerres de religion et l'occupation ligueuse interrompent les travaux et retardent l'achèvement de la nef, du porche et de la flèche. Après une explosion de poudre en 1597 qui endommage l'édifice, les familles nobles installent des enfeus et des mausolées ; l'un d'eux, celui du sénéchal Raoul Marot des Alleux, est édifié au XVIIe siècle puis détruit et mutilé pendant la Révolution, des fragments étant remployés ailleurs. Le porche triomphal de la Grand'Rue est construit entre 1613 et 1630 et le chantier connaît diverses reprises et consolidations, notamment en 1727 lorsque l'architecte Datour intervient pour redresser et abaisser la nef et édifier des arcs‑boutants. Durant la Révolution, l'église est désaffectée et utilisée comme halle aux grains, écurie, salle de spectacle et caserne ; les marques nobiliaires y sont martelées et le bâtiment se dégrade, avant d'être rendu au culte en 1803. La restauration et la reconstruction de la nef s'étalent de 1855 à 1865, sur des fondations du XVe siècle et selon le plan originel ; les architectes néo‑gothiques Alphonse Guépin et Charles Aubry achèvent la nef et le portail occidental, la flèche projetée n'ayant jamais été réalisée. Dans le même temps, la municipalité achète et démolit de 1856 à 1873 les maisons masquant le chœur pour mettre en valeur l'architecture. L'édifice est classé au titre des monuments historiques en 1907.
L'église, longue de 76,50 m et large de 44,10 m, illustre le style Beaumanoir par son chevet polygonal à chapelles rayonnantes et une profusion de pinacles, gargouilles et pignons décorés. Le chœur, mesurant 25 × 20 m, s'appuie sur huit piliers et culmine à 21 m ; il comprend un déambulatoire flanqué de neuf chapelles dont trois chapelles rayonnantes et une sacristie logée dans une petite maison forte surmontée de la salle de la fabrique. La salle de la fabrique, éclairée par une grande verrière, s'ouvre sur le chœur par une petite fenêtre et s'atteint par un escalier en vis qui donne aussi accès au triforium ; ces accès sont ornés d'animaux et de motifs sculptés. Le triforium est composé de garde‑corps ajourés assortis aux fenêtres hautes et les clés de voûte du déambulatoire, fin XVe–début XVIe, portent des sculptures dont des instruments de la Passion, des traces de polychromie et une clé représentant les sept péchés capitaux. Les colonnes du transept, massives et datées du XVe siècle, ont un diamètre d'environ trois mètres et soutiennent des arcs ogivaux à triple nervure ; le bras sud abrite le grand orgue et s'ouvre par un porche Renaissance. La nef, reconstruite au XIXe siècle selon le style flamboyant, mesure 26 m de long et 18 m de haut ; elle comporte trois vaisseaux et une voûte en tuffeau, les bas‑côtés étant éclairés par des vitraux datant du XIXe et du début du XXe siècle.
À l'extérieur, le chevet Beaumanoir se caractérise par des toitures aiguës en éventail, des pignons à crochets, des contreforts ornés de pinacles et un riche bestiaire sculpté ; le portail sud du transept, réalisé au XVIIe siècle, présente une décoration de goût Renaissance. La porte occidentale porte une inscription en hébreu tirée du Lévitique et l'ensemble des verrières reflète l'évolution du vitrail du XIXe au XXe siècle, avec des sujets traités par différents ateliers. Le clocher, de forme modeste malgré une hauteur annoncée de 40 m et l'intention initiale d'une flèche, abrite quatre cloches dont le bourdon surnommé « Gros‑Malo », coulé à Villedieu‑les‑Poêles en 1869 ; deux autres cloches datent de 1835 et 1929, et une quatrième, non motorisée, ne sonne plus régulièrement. L'église conserve peu de mobilier en raison des pillages révolutionnaires ; on y relève néanmoins un bénitier octogonal du XVe siècle, un bénitier du XIXe, une chaire du XVIIIe, un retable en bois sculpté et une crèche réalisée par Yves Floc'h entre 1952 et 1967. Elle abrite enfin deux orgues : le grand‑orgue anglais d'Alfred Oldknow (1889), classé au titre des monuments historiques avec sa tribune en châtaignier sculpté, et un orgue de chœur autrefois propriété du pianiste Henri Kowalski; l'organiste Frédéric Arscott fut titulaire de l'orgue de Saint‑Malo de 1874 à 1930.