Frise chronologique
1066
Fondation du prieuré
Fondation du prieuré
1066 (≈ 1066)
Création par Olivier, vicomte de Dinan.
1488
Destruction de la première église
Destruction de la première église
1488 (≈ 1488)
Ordonnée par François II pendant la guerre de Bretagne.
mai 1490
Pose de la première pierre
Pose de la première pierre
mai 1490 (≈ 1490)
Début de la reconstruction intra-muros par Jean II de Rohan.
1505
Inspiration de Coutances
Inspiration de Coutances
1505 (≈ 1505)
Visite du maître-maçon à Saint-Pierre de Coutances.
1549
Construction des chapelles nord
Construction des chapelles nord
1549 (≈ 1549)
Inscription attestant leur achèvement.
1855-1865
Reconstruction de la nef
Reconstruction de la nef
1855-1865 (≈ 1860)
Travaux néo-gothiques d’Alphonse Guépin et Charles Aubry.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise Saint-Malo : classement par arrêté du 1er août 1907
Personnages clés
| Jean II de Rohan - Fondateur et mécène |
Finance la reconstruction, impose le style Beaumanoir. |
| François II - Duc de Bretagne |
Ordone la destruction de la première église en 1488. |
| Guillaume Juhel - Maître-d’œuvre initial |
Dirige les travaux dès 1490. |
| Jehan Lemaître - Maître-maçon successeur |
S’inspire de Coutances pour les parties hautes. |
| Alphonse Guépin - Architecte du XIXe siècle |
Reconstruit la nef dans le style néo-gothique. |
| Raoul Marot des Alleux - Sénéchal et donateur |
Possédait un mausolée détruit en 1795. |
Origine et histoire
L'église Saint-Malo de Dinan trouve ses origines dans un prieuré fondé en 1066 par Olivier, vicomte de Dinan, et cédé à l'abbaye de Marmoutier en 1108. La première église, située hors des remparts, fut détruite en 1488 sur ordre du duc François II pour éviter qu’elle ne serve de point d’appui à l’armée française lors du siège de la ville. Cette destruction s’inscrit dans le contexte de la guerre de Bretagne (1465-1491), opposant les partisans du duc à ceux du roi de France.
Après la capitulation de Dinan en août 1488, Jean II de Rohan, allié de la France et nouveau gouverneur de la ville, relance le projet de reconstruction intra-muros. Financée en partie par lui et la communauté locale, la nouvelle église est conçue comme un symbole de pouvoir : ses armes y sont sculptées, et il y prévoit sa sépulture. La première pierre est posée en mai 1490, avec des matériaux récupérés de l’ancienne église et du granit de Querignan. Le maître-d’œuvre Guillaume Juhel dirige les travaux, qui progressent rapidement : le chœur est couvert de chaume dès 1491.
Le plan adopté, à chevet polygonal avec trois chapelles rayonnantes, s’inspire du style Beaumanoir, rare en Bretagne où les chevets plats dominent. Ce choix pourrait refléter l’influence de Jean II de Rohan, dont d’autres possessions bretonnes (comme Notre-Dame de Quelven) présentent des chevets similaires. En 1505, le maître-maçon Jehan Lemaître se rend à Coutances pour s’inspirer de l’église Saint-Pierre, influençant la conception des parties hautes du chœur. Les travaux se poursuivent grâce aux dons de la duchesse Anne et du roi Louis XII, permettant d’achever le chœur, le transept et le vaisseau central de la nef vers 1517.
Les guerres de Religion et les conflits politiques suspendent les travaux au XVIe siècle. Les chapelles nord ne sont construites qu’en 1549, comme l’atteste une inscription. En 1597, une explosion dans la tour Saint-Julien endommage l’église, déjà fragilisée par le manque de fonds. Les familles nobles investissent les chapelles, y installant des enfeus et des armoiries, avant que celles-ci ne soient martelées pendant la Révolution. L’église, transformée en halle aux blés, écurie et caserne, se dégrade fortement : toiture percée, vitraux brisés, et destruction du mausolée de Raoul Marot des Alleux en 1795.
Au XIXe siècle, l’église est rendue au culte en 1803, mais son état nécessite des réparations estimées à 10 000 francs. Après des décennies de débats, une reconstruction ambitieuse est lancée entre 1855 et 1865 : la nef est achevée selon les plans originels, avec des fondations du XVe siècle et des colonnes du XVIe. Les architectes Alphonse Guépin et Charles Aubry respectent le style gothique flamboyant, tout en ajoutant des éléments néo-gothiques. L’église est classée monument historique en 1907, reconnaissant sa valeur architecturale et son histoire mouvementée.
L’édifice, de 76,50 m de long, illustre la transition entre gothique flamboyant et Renaissance, avec un chevet polygonal unique en Bretagne. Son intérieur conserve des clés de voûte sculptées (dont une représentant les sept péchés capitaux, peut-être une allusion au conflit entre Jean II de Rohan et le duc de Bretagne), un triforium ajouré, et des chapelles ornées de retables en granite. À l’extérieur, les pignons des chapelles, décorés de pinacles et de gargouilles, et les vitraux des XIXe-XXe siècles complètent ce patrimoine exceptionnel.