Origine et histoire de l'Église Saint-Mansuy
L'église Saint‑Mansuy de Fontenoy‑le‑Château est un édifice catholique de style gothique flamboyant des XVe et XVIe siècles, classé au titre des monuments historiques depuis le 28 juillet 1922. Une église primitive, fondée en 1111 sur l'emplacement de l'actuel édifice, portait le vocable de Mansuy de Toul et marquait l'appartenance de Fontenoy au comté ecclésiastique de Toul. Un prieuré bénédictin dépendant de l'abbaye Saint‑Mansuy de Toul fut édifié à la même époque ; il ne subsiste qu'une salle voûtée soutenue par deux colonnes romanes et le toponyme Priolè ou Priolet sur le coteau. Des fouilles ont révélé les fondations de l'église romane et, à la fin du XIXe siècle, le pavé ancien ainsi que plusieurs rangs de cercueils superposés dans l'espace entre ce pavé et le nouvel édifice. L'abbé Hanus notait en 1975 des présomptions plaçant l'église romane au même emplacement mais à un niveau inférieur, appuyées par la présence d'une piscine surbaissée, d'une fenêtre en plein cintre et du logement actuel de la statue de saint Étienne.
L'église fut rebâtie sous la famille de Neufchâtel, dans le style gothique flamboyant de la seconde moitié du XVe siècle. Les clés de voûte anthropomorphes du chœur représentent le soleil et la lune, sans doute aux effigies de Jean II de Neufchâtel et de son épouse Marguerite de Castro. La construction présente des similitudes avec l'église Saint‑Laurent de Châtel‑sur‑Moselle, édifiée par Thibaut IX de Neufchâtel. L'intérieur est clair et lumineux grâce à une double rangée de fenêtres qui éclairent la nef et les bas‑côtés ; le chœur bénéficie de la lumière de trois hautes fenêtres à remplage ornées de vitraux de la fin du XIXe siècle. La nef compte trois travées soutenues par six piliers, dont deux, engagés dans la tour, sont de plus fort diamètre et semblent appartenir au soubassement de l'ancien clocher. Les arcades des bas‑côtés reposent sur des piliers engagés de plus faible diamètre, et les voûtes à nervures présentent de beaux formerets de liernes et de tiercerons. À l'extérieur, l'abside est renforcée par des contreforts cylindriques, assez rares pour une construction du XVe siècle ; certains contreforts sont surmontés de gargouilles pour l'évacuation des eaux.
Les embellissements de la Renaissance sont attribués à Louis de Dommartin, qui fit ouvrir sur le flanc sud le portail latéral dit Saint‑Pierre, daté en médaillon de 1539 et surmonté de la devise "Respice finem". Pour le baptême de sa fille Diane en 1552, il offrit des fonts baptismaux aux armes des Dommartin ; la cuve octogonale, corrodée par l'emploi ancien du sel, a fait l'objet d'une restauration en 2007. La même époque a vu l'installation d'une chaire de pierre dont les marches sont prises dans un pilier ; le socle porte quatre personnages et un squelette, tandis que la partie supérieure, sculptée de salamandres symbolisant la foi constante, fut martelée lorsque la chaire fut recouverte de bois et de plâtre au XVIIIe siècle. Hors la chaire extérieure du cloître de Saint‑Dié, cette chaire est considérée comme l'une des plus anciennes conservées en Lorraine.
L'incendie de 1635 et les ravages de la guerre de Trente Ans laissèrent le bourg et l'église en ruines, la grande nef ayant en partie perdu sa toiture ; la dalle funéraire d'Élisabeth Jacquot, enterrée en novembre 1635, se trouvait au pied de la chaire. Les archives communales et paroissiales retracent les réparations successives qui ont permis la conservation de l'édifice. Pendant la Révolution, l'église servit de temple de la Déesse Raison et de nombreux éléments sculptés furent mutilés ou détruits, notamment le portail Saint‑Pierre et le tombeau de la princesse Yolande de Ligne. Le clocher, dangereux, fut remplacé en 1820 par la tour actuelle ; pour sa construction on exploita une carrière à la Fosse‑le‑loup et l'on réutilisa aussi des pierres du donjon médiéval, entraînant la démolition du portail Saint‑Mansuy dont quelques vestiges sont conservés au musée d'Épinal. Aux XIXe et XXe siècles, la prospérité due à la production de broderie blanche permit d'embellir l'église par des vitraux, l'installation d'un orgue Henri Didier en 1891 et la donation d'ornements brodés par les brodeuses. Après son classement, l'état de l'édifice conduisit à une fermeture entre 1927 et 1932 pour des travaux importants financés en partie par l'État ; l'église fut rendue au culte à Pâques 1932. Dans les années 1960, un nettoyage des murs et l'enlèvement des boiseries mirent au jour les anciennes bandes de peinture noire formant la litre funéraire et les croix de consécration subsistantes.