Origine et histoire de l'Église Saint-Martin
L’église Saint-Martin d’Ermenonville, érigée en paroisse en 1213 par le chapitre Notre-Dame de Senlis, trouve ses origines dans un clocher primitif construit vers 1170–1180. Ce clocher, base de l’actuel bas-côté nord, marque le début d’un chantier interrompu, repris au XIIIe siècle pour le chœur gothique sexpartite, inspiré de l’abbatiale de Chaalis. Les voûtes, achevées au second quart du XIIIe, s’accompagnent de chapiteaux à feuillages et de culs-de-lampe sculptés, reflétant l’influence de Senlis.
La nef, commencée au XIVe siècle, reste inachevée en raison de la guerre de Cent Ans. Sa reconstruction entre 1534 et 1540, financée par les paroissiens, adopte le style gothique flamboyant, avec des voûtes prismatiques et des fenêtres à remplages complexes. Les travaux incluent aussi la réparation du chœur (1528) et l’ajout d’une sacristie (1559). Le retable Renaissance (1614–1615), commandé par Méry de Vic à Simon Guillain et Louis Finson, orne le chevet d’un tableau représentant La Charité de saint Martin, tandis que des monuments funéraires en marbre, sculptés par Barthélemy Prieur, honorent la famille de Vic.
Au XIXe siècle, l’église bénéficie d’une restauration controversée (1883–1886), financée par le prince Constant Radziwiłł et son épouse Louise. Ce mécénat, lié à l’héritage de François Blanc (fondateur de la Société des bains de mer de Monaco), dote l’édifice d’un mobilier néo-gothique — orgue, chaire, confessionnaux, vitraux — et d’un triptyque florentin offert en 1887. Malgré des critiques pour son manque d’authenticité, l’église est classée monument historique en 1911, après avoir été brièvement retirée de la liste en 1886.
L’architecture extérieure, sobre et asymétrique, révèle des contreforts gothiques, un chevet plat percé d’un triplet et un clocher remanié, dont l’étage de beffroi néo-gothique (1880) contraste avec la base romane. À l’intérieur, la nef aveugle, les bas-côtés aux voûtes pendantes et les chapelles latérales (Vierge, Saint-Michel) illustrent les campagnes de construction successives. Le mobilier, marqué par les dons des de Vic (XVIIe) et des Radziwiłł (XIXe), inclut des plaques de fondation médiévales et des œuvres liées à l’hôtel-Dieu local, fondé au XIIIe siècle.
L’histoire paroissiale, documentée par l’abbé Jean-Louis Radel (XVIIIe), évoque les tensions communautaires (comme le mécontentement envers le marguillier Antoine Boquet en 1610) et les liens avec le chapitre de Senlis, collateur de la cure jusqu’en 1596. La Révolution française endommage le caveau seigneurial et les épitaphes, relevées au XVIIe par François Roger de Gaignières. Aujourd’hui rattachée à la paroisse Notre-Dame de la Visitation du Haudouin, l’église conserve des messes dominicales et un patrimoine mobilier exceptionnel, témoin de sept siècles d’histoire religieuse et sociale.