Origine et histoire
L’église Saint-Martin d’Herblay, située dans le Val-d’Oise en Île-de-France, trouve ses origines au moins dès l’époque mérovingienne (VIe-VIIe siècles), comme en témoignent les sarcophages et stèles funéraires découverts lors de fouilles archéologiques entre 1967 et 1971. Ces vestiges, associés à du mobilier funéraire chrétien, confirment la présence d’un sanctuaire primitif sur le site, bien avant la construction de l’édifice actuel. Sous l’Ancien Régime, Herblay dépendait du diocèse de Paris, et son église était sous le patronage du chapitre de Notre-Dame, qui en tirait des revenus décimaux partagés avec l’abbaye de Saint-Denis. La paroisse, considérée comme l’une des plus anciennes du diocèse, était également marquée par la présence de trois seigneurs locaux détenant des droits de justice, tandis que la fabrique (conseil paroissial) gérait des revenus modestes, principalement issus des prés communaux, cédés aux habitants en 1682.
La construction de l’église actuelle débute au XIIe siècle dans un style gothique primitif, avec le transept et la base du clocher comme parties les plus anciennes. La nef, légèrement postérieure (fin XIIe-début XIIIe siècle), était à l’origine non voûtée et décorée de peintures murales représentant des figures bibliques, aujourd’hui disparues. Le portail occidental, de style rayonnant tardif (XIVe siècle), était un lieu de dévotion où les voyageurs clouaient des fers à cheval en quête de la protection de saint Martin. Entre 1500 et 1535, le chœur roman est remplacé par un vaste ensemble de style gothique flamboyant, financé en partie par les habitants et des prêts comme celui de Mathieu de Beauvais. Ce chœur, caractérisé par son chevet à pans coupés et ses collatéraux symétriques, abrite cinq verrières Renaissance (1537-1540), restaurées en 1881, qui comptent parmi les joyaux artistiques de l’édifice. La consécration de l’église est réalisée vers 1534 par Mgr Charles-Antoine de Vesc, évêque de Valence, marquant l’achèvement de cette campagne majeure.
Les transformations se poursuivent aux XVIIe et XIXe siècles : le bas-côté nord est reconstruit à la fin du XVIe ou au XVIIe siècle, tandis que le bas-côté sud, dit « nef des hommes », est élargi en 1701 sous la direction de l’architecte dom François Romain. La Révolution française entraîne la vente du presbytère (1797) et la fonte de trois des quatre cloches pour fabriquer des canons. Au XIXe siècle, des travaux majeurs sont entrepris : en 1866, le clocher, menacé de ruine, est consolidé grâce à une souscription publique initiée par le maire Jean Leclaire ; en 1869, la nef et les bas-côtés sont voûtés d’ogives sous la direction de l’architecte communal M. de La Chardonnière, modifiant radicalement leur apparence. Les vitraux endommagés sont restaurés ou remplacés, notamment grâce au financement de Pierre-Jules Soufflot (petit-neveu de Jacques-Germain Soufflot), tandis que l’électrification de la sonnerie intervient en 1930. L’église est inscrite aux monuments historiques par arrêté du 6 juillet 1925, reconnaissant sa valeur patrimoniale.
L’intérieur de l’église révèle une nef de six travées, flanquée de bas-côtés modernes aux élévations simplifiées, et un transept gothique primitif aux voûtes d’origine. Le chœur flamboyant, avec ses piliers ondulés et ses fenêtres à remplages complexes, crée un effet de « cage de verre » unique dans le département. Parmi les éléments mobiliers remarquables, six verrières Renaissance (classées en 1905) illustrent des scènes bibliques et des donateurs, tandis que deux dalles funéraires des curés Nicolas et Jacques Hellet (XVIIe siècle), ainsi qu’un bénitier de 1627 et un groupe sculpté de la Charité de Saint-Martin (XVIIe siècle), sont classés monuments historiques. L’aigle-lutrin du XVIIIe siècle et un retable baroque (1988) complètent ce patrimoine mobilier.
Extérieurement, le clocher gothique, avec ses baies en arc brisé encadrées de colonnettes et ses chapiteaux à feuillages, domine l’édifice. Les contreforts à glacis et les gargouilles en forme de chimères soulignent le soin apporté à l’architecture, tandis que l’abside flamboyante arbore une balustrade ajourée typique de la Renaissance. Le porche moderne masque le portail du XIVe siècle, et les élévations latérales, largement remaniées, reflètent les campagnes de restauration des XIXe et XXe siècles. Aujourd’hui, l’église Saint-Martin reste un lieu de culte actif, accueillant les messes dominicales et des célébrations spéciales, tout en étant un témoignage majeur de l’évolution architecturale et artistique en Île-de-France, du Moyen Âge à l’époque contemporaine.