Origine et histoire de l'Église Saint-Martin
L’église Saint-Martin, église catholique paroissiale de Béthisy-Saint-Martin (Oise), a des origines anciennes mentionnées dès le début du IXe siècle, mais aucun vestige de l’édifice primitif ne subsiste. L’actuelle construction romane, datée du second quart du XIIe siècle, conserve notamment le clocher coiffé d’une flèche en pierre, une nef très simple et le portail occidental en arc brisé. La base du clocher abrite l’une des premières voûtes d’ogives de la région, et une seconde voûte d’ogives a été mise en place vers 1150 au-dessus de la première travée du chœur, tandis que le voûtement du bas-côté sud est resté inachevé. À la fin du XIIIe siècle, le chœur a été agrandi : l’abside romane a été remplacée par une travée gothique à chevet plat et une chapelle latérale sud a été ajoutée. Le bas-côté nord de la nef a été reconstruit au XIVe siècle, mais la guerre de Cent Ans a interrompu les travaux, de sorte que le voûtement n’a été réalisé qu’au dernier tiers du XVe siècle dans le style gothique flamboyant ; la chapelle latérale nord du chœur a été édifiée à la même époque. Par la reprise en sous-œuvre des arcades au nord du vaisseau central, un petit chœur-halle a été créé : quatre voûtes, d’époques différentes, retombent au centre sur un pilier cylindrique isolé. L’église présente ainsi un plan rectangulaire de trois vaisseaux, les derniers tiers correspondant au chœur, à la base du clocher et aux chapelles latérales ; plusieurs campagnes de restauration ont eu lieu au XIXe siècle et l’édifice est aujourd’hui en bon état. Classée au titre des monuments historiques depuis 1931, elle dépend de la paroisse de la Vallée de l’Automne où une messe dominicale anticipée est célébrée cinq fois par an.
Située rue de l’Église, la façade occidentale de l’église s’aligne sur la voie publique sans parvis ; un parking public se trouve au nord du bas-côté nord. Le bas-côté sud donne sur le jardin du presbytère ancien, aujourd’hui maison particulière, et la circulation piétonne vers le cimetière permet d’apercevoir le clocher et le flanc sud du chœur. Le chevet et le flanc nord du chœur sont enclavés dans des terrains privés et ne se révèlent pleinement que depuis la pente boisée située en face, accessible par un long détour ; la configuration parcellaire empêche d’obtenir une vue d’ensemble panoramique de l’édifice.
Au plan historique, Béthisy-Saint-Martin et Béthisy-Saint-Pierre formaient au Moyen Âge une communauté unique nommée Béthisy, les deux paroisses ayant été données à l’abbaye Saint-Crépin-le-Grand de Soissons par Charles le Chauve. L’église Saint-Martin a été usurpée dès la fin du Xe siècle puis restituée au début du XIIe siècle sous l’influence de l’évêque Lisiard de Crépy ; un prieuré semble avoir été associé à l’église et la cure était confiée à un moine de l’abbaye, qui percevait la dîme. La construction de l’église actuelle a débuté par l’abside romane, remplacée ultérieurement par la deuxième travée du chœur, et le clocher a été élevé vers 1130 en même temps que la nef et ses bas-côtés ; la nef s’inspire de celle de Béthisy-Saint-Pierre mais a perdu certaines caractéristiques par des remaniements modernes, notamment le bouchage des fenêtres et le maintien d’une fausse voûte en berceau de bois plâtré. Au XIXe siècle, des réparations importantes ont été menées : le bas-côté sud a été refait en 1811 et ses fenêtres repercées, et deux plaques rappellent des campagnes de restauration en 1845 et entre 1890 et 1902.
L’église est orientée de façon régulière avec une légère déviation vers le sud-ouest du côté de la façade ; elle mesure environ 32 m de long sur 15 m de large et développe trois vaisseaux parallèles sans transept. La nef compte quatre travées flanquées de bas-côtés de même longueur, le chœur prolonge la nef par deux travées supplémentaires et les travées du chœur sont sensiblement plus profondes que larges. Le clocher, implanté au-dessus de la première travée du collatéral sud du chœur, introduit une asymétrie : la travée qui le précède est voûtée en berceau tandis que la base du clocher est voûtée d’ogives ; sinon le chœur, ses collatéraux et le bas-côté nord sont voûtés en croisée d’ogives, alors que la nef et le bas-côté sud restent plafonnés.
L’intérieur est d’une grande simplicité : la nef, éclairée seulement par une grande fenêtre en tiers-point au pignon occidental, est rythmée par quatre grandes arcades qui ouvrent sur les bas-côtés ; seules les premières arcades nord et sud sont en tiers-point, les autres étant en plein cintre, et les piliers portent des tailloirs moulurés sans chapiteaux. Les murs sont recouverts d’un enduit peint imitant un appareil, et des traces montrent que des fenêtres hautes existaient autrefois au-dessus des piliers, comme dans plusieurs églises voisines. Le bas-côté sud conserve, hors les percements et sans doute le plafond plat, un état proche du milieu du XIIe siècle ; il montre en particulier des pilastres destinés à porter des arcs doubleaux isolés qui n’ont jamais été achevés et servent aujourd’hui d’appui aux fermes de la charpente. Le bas-côté nord a été entièrement reconstruit au XIVe siècle, comme l’atteste le remplage des fenêtres, et son voûtement d’ogives date du dernier tiers du XVe siècle, dans le style flamboyant.
La base du clocher, implantée au sud de la première travée du chœur primitif, se compose d’une courte travée voûtée en berceau vers l’ouest et d’une travée carrée à l’est qui communique avec le chœur par une arcade étroite en plein cintre ; la travée voûtée d’ogives de la base du clocher est considérée comme l’une des plus anciennes du département, avec un bombement caractéristique, des ogives monotoriques reposant sur des culots carrés, dont certains sont sculptés de têtes grimaçantes. La voûte repose désormais, après remaniements, sur des supports et des doubleaux de types divers, illustrant les phases successives de construction.
Le chœur et ses chapelles latérales forment un espace unifié voûté à la même hauteur et centré sur une colonne cylindrique isolée, évoquant la formule du chœur-halle. Le chevet primitif, composé d’une travée droite en berceau prolongée par une abside en cul-de-four, a été profondément transformé : la voûte primitive a été remplacée par une voûte d’ogives vers 1150, l’abside romane a été abattue à la fin du XIIIe siècle pour être substituée par une travée rectangulaire et une travée sud communicante avec la base du clocher, et la chapelle nord romane a été démolie pour être prolongée à la fin du XVe siècle par deux travées flamboyantes. Le remaniement a conduit à la suppression de la plupart des chapiteaux du chevet lors de l’installation du grand retable au début du XVIIIe siècle ; un seul chapiteau tardif subsiste au sud de l’arcade vers la base du clocher et la baie orientale du vaisseau central est aujourd’hui murée.
À l’extérieur, le portail occidental d’origine, daté des environs de 1130, est abrité par un porche ouvert du XVe siècle ; le portail conserve des colonnettes appareillées aux chapiteaux à feuilles d’acanthe, un tympan nu servant de linteau et une double archivolte en arc brisé qui figure parmi les premières manifestations de l’arc brisé sur les portails de la région. La façade occidentale comporte trois grandes fenêtres en tiers-point dont le remplage a disparu mais dont la mouluration renvoie au XVe siècle ; la façade nord, animée par des fenêtres du XIVe siècle et un portail latéral soigné, présente une baie au remplage déjà annonciateur du style flamboyant. Le clocher, élément le plus remarquable de l’édifice, présente un rez-de-chaussée sobre, un étage intermédiaire et un beffroi ajouré par des baies gémelées retombant sur colonnettes et chapiteaux sculptés, surmontés d’une corniche à corbeaux moulurés et d’une flèche en pierre cantonnée de pyramidons ; les chapiteaux alternent feuilles d’eau, entrelacs et têtes grimaçantes, et la flèche figure parmi les premières flèches ajourées de la région.
Le mobilier comporte un seul élément classé au titre objet : les fonts baptismaux sous la forme d’une cuve octogonale à infusion, taillée dans un bloc de calcaire et datée du XIIIe siècle (couvercle XIXe siècle), de 106 cm de diamètre et 89 cm de hauteur, décorée d’un rang de pointes-de-diamant en bas et d’une frise de feuilles à cinq lobes en haut. Au fond du chœur se trouve un large retable baroque du début du XVIIIe siècle réunissant les retables du collatéral nord, du chœur et du collatéral sud ; il est accompagné de statues et d’autels secondaires : à gauche un autel dédié à la Vierge, à droite un autel consacré à saint Antoine le Grand, patron des vanniers en lien avec l’ancienne importance de la vannerie à Béthisy. Le maître-autel est orné d’un tableau monumental représentant le songe de saint Martin et d’un groupe sculpté de la Charité de saint Martin datant du XIXe siècle ; on note aussi une Vierge à l’Enfant dans le bas-côté nord, une petite chaire à prêcher et un banc d’œuvre en menuiserie du XIXe siècle, ainsi qu’une vitrine contenant le bouquet provincial offert le 26 mai 1968 en lien avec la tradition de l’archerie. Trois statues (un Christ en croix vermoulu de la fin du XVIe siècle et deux saints évêques du XVIIe siècle) ont été déposées au musée de l’Archerie et du Valois au château Saint-Aubin de Crépy-en-Valois.