Origine et histoire
L’église Saint-Martin de Castelnau-d’Estrétefonds, située en Haute-Garonne, trouve ses origines au moins dès le Xe siècle, comme en témoignent les vestiges d’une nef romane et d’un clocher-mur du XVIe encore visibles dans l’enclos du cimetière. L’édifice actuel, conçu pour remplacer l’ancienne église devenue trop exiguë, est érigé à partir de 1551 sur un terrain acheté par la paroisse. Son histoire est marquée par des écroulements répétés : la chapelle nord en 1646, la façade en 1771, et le chevet en 1812, nécessitant des reconstructions partielles à chaque fois. Malgré ces avatars, le plan général — nef unique, chœur pentagonal et chapelles latérales — est préservé.
Au XIXe siècle, l’église subit d’importantes campagnes de restauration qui lui confèrent son style néo-gothique actuel. Entre 1837 et 1843, de nouvelles sacristies sont bâties, suivies par le voûtement de la nef en 1853 et la régularisation des fenêtres sous la direction de l’architecte Raynaud (1868-1870). La décoration intérieure est enrichie par des peintures monumentales d’Arsène Robert (1870) et des verrières de Louis-Victor Gesta (1865), tandis que le clocher, initialement prévu par Léopold Petit, est finalement achevé par Gabriel Bréfeil en 1883 après des interruptions pour raisons de sécurité. Ces travaux transforment radicalement l’aspect de l’édifice, tout en intégrant des éléments historiques comme un maître-autel en marbre de 1848 ou un orgue d’Aristide Cavaillé-Coll (1856), transféré depuis un couvent en 1880.
L’intérieur de l’église abrite un patrimoine mobilier remarquable, dont une Pietà en bois doré du XVIe siècle, un buste-reliquaire de saint Blaise (XVIIe siècle), et une châsse de sainte Germaine de Pibrac (1867). Le chœur, orné de cinq peintures monumentales d’Arsène Robert inspirées de scènes bibliques ou allégoriques, illustre l’influence des courants artistiques du XIXe siècle. Parmi les éléments liturgiques, on note un ancien tabernacle du XVIIe siècle, un reliquaire de saint Déodat, et une chaire à prêcher néo-gothique offerte par la marquise de Cambolas en 1871. Ces objets, souvent liés à des donateurs locaux ou à des artisans toulousains comme Auguste Virebent, reflètent la vitalité religieuse et artistique de la région.
L’orgue, œuvre expérimentale d’Aristide Cavaillé-Coll exposée à l’Exposition universelle de 1855, est un témoignage exceptionnel du patrimoine musical français. Initialement conçu pour la cathédrale de Luçon, puis modifié pour Carcassonne, il est installé à Castelnau-d’Estrétefonds en 1880 grâce à un don de Marguerite Raynaud, veuve Montès. Sa console, tournée vers la nef, et ses jeux expressifs en font un instrument rare. L’église, inscrite aux monuments historiques en 2001, incarne ainsi près d’un millénaire d’histoire religieuse, architecturale et artistique, depuis ses origines médiévales jusqu’à ses embellissements du XIXe siècle.
Les vestiges de l’ancienne église Saint-Martin, datés au moins de 961, rappellent le passé roman du site. Aujourd’hui réduits à une nef et une abside du XVe siècle dans le cimetière, ils contrastent avec la monumentalité de l’édifice actuel. Ce dernier, malgré ses reconstructions successives, conserve des traces de ses phases médiévales, comme le clocher-mur du XVIe siècle, tout en intégrant des innovations techniques et esthétiques des XVIIIe et XIXe siècles. L’alternance entre écroulements et restaurations souligne à la fois la fragilité du bâti et l’attachement des paroissiens à leur lieu de culte, marqué par des dons et des commandes artistiques jusqu’à l’époque contemporaine.
Enfin, l’église Saint-Martin se distingue par son décor intérieur préservé, où se côtoient des éléments gothiques (voûtes sur croisées d’ogives), néo-gothiques (chaire, autels), et des œuvres picturales inspirées de maîtres comme Charles-Joseph Natoire ou Charles Gleyre. Ce mélange de styles et d’époques, combiné à la richesse de son mobilier, en fait un exemple représentatif du patrimoine religieux occitan, à la croisée des héritages médiéval, classique et romantique.