Origine et histoire de l'Église Saint-Martin
L'église prieurale Saint-Martin de Chapaize, située dans la commune de Chapaize en Saône-et-Loire, dépend de la paroisse Saint-Augustin-en-Nord-Clunisois, dont le siège est à Ameugny. Elle constitue l'unique vestige d'un prieuré bénédictin fondé au Xe siècle et rattaché à l'abbaye Saint-Pierre de Chalon-sur-Saône, elle-même associée à l'abbaye de Saint-Martin d'Autun. La construction de l'église débuta après le passage du moine bâtisseur lombard Guillaume de Volpiano en 1021 et 1023, intervenu pour le monastère Sainte-Marie de Chalon. Classée monument historique dès 1862, elle est l'une des plus anciennes églises romanes de Bourgogne. Édifice consacré du diocèse d'Autun et affectataire de la paroisse au titre de la loi de 1905, Saint-Martin de Chapaize reste un lieu de culte catholique.
Le plan basilical se distingue par d'imposantes piles rondes en petit appareil qui traversent l'édifice, les quatre derniers piliers à l'est portant le clocher. La nef, construite vers 1030, compte cinq travées élevées sur deux niveaux et des bas-côtés voûtés d'arêtes; la voûte centrale est un berceau soutenu par des doubleaux. Ces arcs-doubleaux s'appuient intérieurement sur des demi-colonnes engagées montant au‑dessus des piliers des grandes arcades et extérieurment sur des contreforts, système de supports qui confère une unité architecturale et se retrouve à Saint-Philibert de Tournus. Les maçonneries étaient initialement enduites à la chaux; leur décapage a été réalisé au XXe siècle. Les baies d'origine, étroites, apportaient une lumière parcimonieuse; celles qui ont pu l'être furent agrandies en 1543.
La renommée de l'édifice tient en grande partie à son clocher roman du XIe siècle, haut d'environ 35 mètres et implanté au-dessus de la croisée du transept. De plan barlong et de forme de tronc de pyramide, il est percé de baies jumelées sur ses deux étages supérieurs et surmonte une coupole surhaussée sous laquelle s'ouvre, sur chaque face, une petite baie en plein cintre, formant l'une des plus anciennes tours-lanternes de la région avec celles de Saint-Vorles à Châtillon-sur-Seine et de Perrecy-les-Forges. Entièrement construit en petit appareil calcaire, le clocher est chaîné par des lésènes et des frises d'arcatures lombardes dont la composition varie légèrement selon les faces; au-dessus de la coupole, une structure de bois est insérée dans la maçonnerie. Une statue-colonne, parmi les plus anciennes connues en Occident, orne la haute face nord du clocher.
La toiture, originellement en tuiles creuses, est aujourd'hui couverte en laves posées directement sur la voûte sans charpente, ce qui donne à l'ensemble un caractère minéral. En 1543, une opération de semi-reconstruction remédia au dévers pris par les murs de la nef: la voûte romane menaçante fut remplacée par un berceau brisé légèrement plus élevé, le bas-côté nord rebâti en moyen appareil, la façade occidentale percée d'une grande baie et les trois absides reconstruites sur un plan plus ample avec de nouvelles baies plus larges. L'abbé de Saint-Pierre de Chalon fit consigner ces interventions par des frises peintes datées et codées; ces travaux, menés sous l'abbatiat du cardinal Nicolas Ridolfi, témoignent d'un souci de maintien du style roman de la basilique, bien que la part exacte de la participation personnelle de cet abbé reste inconnue.
Au XXe siècle, des interventions de sauvegarde ont été menées: en 1954, les quatre piles rondes soutenant le clocher furent démontées et refaites en béton armé puis habillées des moellons d'origine, tandis que des murs provisoires soutenaient la tour pendant les travaux. En 1969, l'Association des amis des églises de Chapaize, créée sous l'impulsion du colonel Ernest de La Chapelle, se consacra à la collecte de fonds pour la restauration des deux églises de la commune; plusieurs campagnes de restauration eurent lieu à la fin du XXe siècle. Parmi les figures liées à la paroisse, Nicolas Genost de Laforest fut curé de 1751 à 1783; réputé pour ses chasses, il mourut en 1783 des suites d'une chute de cheval lors d'une partie de chasse en compagnie de Florent-Alexandre-Melchior de La Baume, comte de Montrevel.