Origine et histoire
L'église Saint-Martin de Luché, située à Luché-Pringé dans la Sarthe, trouve ses origines au IVe siècle, mentionnée parmi les paroisses fondées par saint Liboire, évêque du Mans. Son emplacement stratégique près d’un gué sur le Loir en fit un lieu de culte ancien, probablement dédié à sainte Apolline, comme en témoigne le puits adjacent alimenté par une source sous le chœur. L’édifice actuel fut reconstruit à partir du XIe siècle par les moines de l’abbaye Saint-Aubin d’Angers, après une donation en 1057 par Raoul V, vicomte du Maine, et son épouse Emmeline. Le prieuré attenant, florissant grâce à des dons successifs, fut confirmé par les papes Pascal II et Eugène III, ainsi que par les évêques du Mans.
Le chœur, achevé en 1225, illustre le style gothique angevin avec ses voûtes « Plantagenêt » et ses fines colonnes en pierre de Chauvigny. Au XVIe siècle, l’église fut agrandie d’un transept, financé par des donateurs comme Geoffroy II de Chemens et Marthe de Baïf, sœur du poète Jean-Antoine de Baïf. La nef, reconstruite à la même époque, fut partiellement détruite par un incendie en 1921, causé par la foudre. Seule la voûte du chœur survécut, et la nef ne fut que partiellement restaurée, laissant place à un parvis à l’ouest.
Classée monument historique en 1913, l’église abrite un mobilier remarquable, dont des statues en bois, pierre et terre cuite, certaines classées. Parmi elles, une Déploration du Christ du XVIe siècle, une Vierge à l’Enfant du XIVe, et un saint Martin en terre cuite de 1668. Les vitraux du chœur, réalisés en 1876 par François Fialeix, représentent des scènes bibliques, tandis que ceux de la nef, abstraits, datent de 2001. L’édifice, marqué par des transformations post-Seconde Guerre mondiale, reste un lieu de culte actif au sein de la paroisse de La Flèche-Bazouges-sur-le-Loir.
L’histoire de l’église est aussi celle de ses protecteurs : sauvée de la destruction pendant la Révolution par trois habitants, elle fut rendue au culte en 1813 grâce à des décrets impériaux signés à Paris et à Moscou. Après l’incendie de 1921, sa reconstruction fut longue (1921-1929) en raison des difficultés financières et matérielles de l’après-guerre. Aujourd’hui, elle conserve des éléments médiévaux, comme son portail gothique-Renaissance représentant la Charité de saint Martin, ainsi que des vestiges mérovingiens, dont un sarcophage classé en 1988.
Le clocher, reconstruit au XVIe siècle en pierre de tuffeau, abrite trois cloches, dont une fondue en 1925 et deux rapatriées d’Algérie en 1966. L’intérieur révèle une clôture de chœur du XVIIIe siècle, des fonts baptismaux hexagonaux offerts en 1929, et un maître-autel néogothique conçu en 1996 par un moine de Solesmes. L’église, toujours active, incarne près de mille ans d’histoire religieuse, artistique et communautaire en Anjou.
Les fouilles et restaurations successives ont mis au jour des éléments architecturaux et sculpturaux, comme des statues attribuées à Michel Colombe ou son neveu, découvertes dans les murs du village dans les années 1950. Ces œuvres, souvent endommagées par le temps ou l’incendie, ont été restaurées au XXe siècle, préservant un patrimoine unique mêlant influences gothiques, Renaissance et modernes.