Origine et histoire de l'Église Saint-Martin
L'église Saint-Martin de Montmédy, située dans la ville haute fortifiée de cette cité lorraine, est un édifice religieux emblématique du XVIIIe siècle. Construite entre 1753 et 1756 à l'emplacement d'une église médiévale du XIIe siècle devenue trop exiguë, elle incarne l'évolution architecturale et urbaine de Montmédy, marquée par son rôle stratégique près de la frontière franco-belge. Ses deux tours carrées, visibles à des kilomètres, s'intègrent dans un paysage urbain façonné par les fortifications de Vauban après la prise française de 1657.
La première église, attestée dès 1156, était un modeste sanctuaire à une seule tour, entouré d’un cimetière. Au XVIe siècle, Charles Quint en fit une base militaire contre la France, avant que Vauban ne renforce ses remparts. L’état délabré de l’édifice au milieu du XVIIIe siècle — toiture pourrie, pavé détérioré — poussa l’archevêque de Trêves à en interdire l’accès en 1751. Grâce à l’intervention financière de l’abbaye d’Orval (34 % des coûts), une nouvelle église fut érigée par l’architecte Chambeaux et l’entrepreneur Jean François Lelièvre, intégrant la chapelle funéraire des gouverneurs d’Allamont (1598).
L’église actuelle, classée Monument Historique en 1932, allie sobriété militaire et ornements Louis XV. Sa façade, rythmée par des pilastres toscans et ioniques, cache une nef à trois vaisseaux couverte de voûtes d’arêtes. Le chœur, éclairé par cinq baies, contraste avec la pénombre de la nef, tandis que les tours à toits impériaux rappellent l’influence espagnole. Endommagée lors des bombardements de 1870 et 1940, elle fut restaurée à plusieurs reprises, notamment en 1974 avec l’ajout d’arcs-boutants cachés pour stabiliser la structure.
La chapelle de Malandry, ancienne sépulture des gouverneurs, et la sacristie (1761) complètent l’ensemble. Les matériaux locaux, comme la pierre de Jaumont, et les décors polychromes jaunes soulignent son ancrage lorrain. Malgré les controverses sur son style — entre église-halle, basilique et influences militaires — elle reste un témoin majeur du patrimoine religieux et défensif du Grand Est.
Les restaurations successives (XXe-XXIe siècles) ont préservé son état primitif, tout en adaptant ses annexes, comme la sacristie dont le toit fut modifié en pavillon. Aujourd’hui, l’orgue restauré en 2013 et les vitraux du XIXe siècle perpétuent sa vocation cultuelle et culturelle, au cœur d’une citadelle classée.