Origine et histoire de l'Église Saint-Martin
L'église Saint-Martin de Réville, dans le département de la Manche en Normandie, est un édifice catholique du XIIe siècle classé au titre des monuments historiques. Elle s'élève sur un monticule de granit, sur la haute rive du havre de la Saire, dans la région du Plain. L'édifice semble avoir été refondé après l'an mil et les raids normands. En 1050, Roger de Montgommeeri, vicomte d'Exmes, donna l'église à l'abbaye de Troarn. Aucun vestige du premier édifice ne subsiste. La nef romane actuelle, reconstruite au XIIe siècle (vers 1150-1175), est lambrissée et présente des arcades moulurées ornées de frettes et de bâtons brisés ; elle conserve sa corniche à modillons et a été couverte d'une toiture unique après réduction de l'élévation. L'église relevait alors de la Trinité de Caen. Le chœur, dont l'arc triomphal date du début du XIIIe siècle, fut reconstruit puis agrandi après la guerre de Cent Ans, dans la seconde moitié du XVe siècle, en style gothique flamboyant. Ses arcades retombent sur de larges piliers, dont certains se terminent par un chapiteau feuillagé et un ange sculpté tenant un écu ; l'un d'eux porte une inscription gothique. Le clocher-tour latéral, bâti en retrait à la fin du XVe siècle, est surmonté d'une flèche octogonale en pierre de Caen, haute de dix-huit mètres, ajourée et ornée de crochets flamboyants. La tour carrée s'ouvre par de grandes baies ogivales sur ses quatre faces et se termine par une balustrade ajourée encadrée de pinacles. La flèche pyramidale en pierre de Caen s'est effondrée à deux reprises, le 27 décembre 1688 sous la foudre — elle traversa la voûte, écrasa la chaire, causa la mort d'un jeune paroissien, Nicolas Lehot, et blessa cent cinquante fidèles — puis en 1891 ; elle fut à chaque fois reconstruite à l'identique en pierre de Caen. Le chœur est flanqué de bas-côtés qui abritent des chapelles : la chapelle de la Sainte-Vierge, édifiée en 1827, où se trouve l'autel de Notre-Dame du Rosaire daté des environs de 1840 ; la chapelle Saint-Jacques, de la seconde moitié du XVe siècle, éclairée par deux grandes baies refaites en 1857 et ornée de culots de retombée dont un ange ; et la chapelle du Sacré-Cœur, élevée après la Première Guerre mondiale par l'abbé Lebourgeois dans un style imitant le roman. La sacristie date de 1850 et la dernière arcade de la nef fut bâtie en 1882. L'arc triomphal du XIIIe siècle porte une perque en bois sculpté et doré, et les chapiteaux romans présentent entrelacs, rinceaux, palmettes, personnages et animaux fantastiques, dont un sagittaire. Une campagne de restauration intérieure, conduite par les architectes en chef des monuments historiques et achevée en 2011, a remplacé les chapes en béton par un dallage en pierre, renouvelé les enduits et restitué des badigeons à la chaux. L'église, à l'exception des parties modernes (le collatéral nord du chœur, la sacristie et la chapelle du Sacré-Cœur), est classée au titre des monuments historiques par arrêté du 29 janvier 1923. Le mobilier comporte principalement des retables et statues du XVIIIe siècle, sauf dans la chapelle sud où une statue en bois polychrome de saint Adrien, datée de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle, est conservée. Le maître-autel en bois peint et doré, réalisé par l'ébéniste Eve à Cherbourg, date de 1839-1840, et les fonts baptismaux du XVIIIe siècle sont proches du style Louis XVI. Dans la chapelle de la Vierge, le retable comprend une statue de saint Joseph en bois polychromé du début du XVIIIe siècle et un grand ex-voto offert vers 1860 par le capitaine Marion et son équipage représentant un trois-mâts. Dans la chapelle Saint-Jacques se trouve une statue en pierre polychrome du début du XVIe siècle représentant saint Adrien en armure sur un lion. La chapelle du Sacré-Cœur conserve une huile sur toile de Guillaume Fouace, intitulée "Baptême à Réville", et la chapelle des cloches dédiée à saint Éloi abrite, également de Fouace, le gisant en marbre blanc de sa fille cadette Béatrix Fouace (1874-1888), jadis placé dans le cimetière. S'y ajoutent le maître-autel et son retable, le gisant de Béatrix Fouace et une statue en calcaire de saint Martin provenant de l'église.