Frise chronologique
XIVe–XVe siècles
Construction gothique initiale
Construction gothique initiale
XIVe–XVe siècles (≈ 1550)
Édifice flamboyant fortifié avec mâchicoulis et chemin de ronde.
1586
Destruction par les protestants
Destruction par les protestants
1586 (≈ 1586)
Guerres de Religion : effondrement partiel, transept conservé.
1627–1628
Siège de La Rochelle
Siège de La Rochelle
1627–1628 (≈ 1628)
Victoire catholique permettant la reconstruction partielle.
1696
Bombardement anglo-hollandais
Bombardement anglo-hollandais
1696 (≈ 1696)
Dégâts majeurs sur la structure gothique restante.
1er janvier 1774
Effondrement du clocher
Effondrement du clocher
1er janvier 1774 (≈ 1774)
Reconstruction avec inversion du chœur et plafond en bois.
1783–1784
Construction du clocher néo-classique
Construction du clocher néo-classique
1783–1784 (≈ 1784)
Nouvelle orientation de l’église et clocher actuel.
1903
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1903 (≈ 1903)
Protection des parties médiévales (transept, fortifications).
1964
Incendie dévastateur
Incendie dévastateur
1964 (≈ 1964)
Destruction de l’orgue et des couvertures, restaurées en 1965–1970.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Partie ancienne comprenant l'ancien transept avec ses pignons, ses tourelles et sa fortification : classement par arrêté du 29 décembre 1903 - Parties non classées par l'arrêté du 29 décembre 1903 (cad. E 213) : inscription par arrêté du 29 décembre 1997
Personnages clés
| Celse-Bénigne de Rabutin (1596–1627) - Noble et père de Madame de Sévigné |
Inhumé dans l’église, fils de Jeanne de Chantal. |
| François Dieussart - Sculpteur flamand du XVIIe siècle |
Auteur présumé du *Saint-Jean-Baptiste* en marbre. |
| Prêtres réfractaires (1798–1801) - Déportés sous la Révolution |
1 023 prêtres emprisonnés dans la citadelle voisine. |
| Pierre-Etienne Bouffard - Architecte du clocher (1784) |
Conçoit le clocher néo-classique et inverse l’orientation. |
Origine et histoire
L’église Saint-Martin de Saint-Martin-de-Ré, située sur l’île de Ré en Charente-Maritime, trouve ses origines au XIVe siècle avec la construction d’un édifice gothique flamboyant, prolongée au XVe siècle après la guerre de Cent Ans. Fortifiée pour servir de point de surveillance (« Grand Fort »), elle comportait des mâchicoulis, un chemin de ronde, et offrait une vue panoramique sur la mer. Ses dimensions imposantes et sa luminosité en faisaient un lieu marquant, mais elle fut en grande partie détruite moins d’un siècle plus tard, lors des guerres de Religion (1586) par les protestants, ne laissant debout que les murs du transept et les chapelles latérales, conservés pour leur utilité militaire.
Au XVIIe siècle, après la victoire catholique au siège de La Rochelle (1627-1628), l’église fut partiellement reconstruite dans un style baroque à partir de 1629. Cependant, en 1696, un bombardement anglo-hollandais ravagea à nouveau l’édifice. Le XVIIIe siècle marqua un tournant avec l’effondrement du clocher le 1er janvier 1774, entraînant une reconstruction radicale : l’orientation du chœur fut inversée (chœur à l’ouest, clocher à l’est), et un plafond en bois inspiré des carènes de bateaux fut installé. Le clocher néo-classique actuel, bâti en 1783-1784, abrite aujourd’hui trois cloches et sert de terrasse panoramique.
L’histoire mouvementée de l’église se reflète dans son architecture hybride, mêlant ruines gothiques (transept fortifié, tourelles d’escalier) et éléments baroques. Classée Monument Historique en 1903 pour ses parties médiévales, elle fut aussi inscrite en 1997 pour le reste de l’édifice. Après un incendie en 1964 détruisant l’orgue et la charpente, une restauration complète eut lieu entre 1965 et 1970. Parmi ses trésors, une statue de Saint-Jean-Baptiste du XVIIe siècle, longtemps attribuée à tort à un don du pape Léon X à François Ier, est en réalité l’œuvre d’un sculpteur flamand, probablement François Dieussart.
L’église abrite également la sépulture de Celse-Bénigne de Rabutin (1596-1627), père de Madame de Sévigné, et rend hommage aux 1 023 prêtres réfractaires emprisonnés dans la citadelle voisine sous la Révolution (1798-1801), dont beaucoup moururent en captivité. Son rôle militaire, religieux et mémoriel en fait un symbole de la résilience de l’île de Ré, marquée par les conflits et les reconstructions successives.
Aujourd’hui, l’église allie fonctions cultuelle et touristique : son clocher offre une vue imprenable sur le port et la ville, tandis que ses ruines gothiques, ses chapelles baroques et son mobilier restauré témoignent de neuf siècles d’histoire, des invasions normandes aux restaurations modernes. Les parties hautes médiévales, bien que fermées au public, rappellent son passé de forteresse insulaire.