Origine et histoire
L’église Saint-Martin de Venette, située dans le département de l’Oise en région Hauts-de-France, trouve ses origines au XIIe siècle, bien que peu d’éléments de cette époque subsistent aujourd’hui. Les vestiges les plus anciens incluent l’antéfixe du pignon occidental, les contreforts plats du chevet, et certaines parties des murs latéraux de la nef et du chœur. Ces éléments témoignent d’une première construction romane, probablement liée à l’abbaye Saint-Corneille de Compiègne, qui détenait la collation de la cure et la grosse dîme de Venette. L’édifice fut partiellement reconstruit au début du XIIIe siècle, comme en attestent les voûtes d’ogives du chœur et quelques chapiteaux, reflétant une transition vers le style gothique primitif.
Au XVIe siècle, l’église subit des transformations majeures après les dégâts causés par la guerre de Cent Ans, notamment l’incendie du village par les Navarrois en 1358 et le siège de Compiègne en 1430. La nef et les bas-côtés furent en grande partie reconstruits dans un style gothique flamboyant, avec des irrégularités marquées entre les élévations nord et sud. Le clocher, édifié vers le milieu du XVIe siècle, se distingue par son style hybride, mêlant gothique flamboyant et Renaissance. Doté de trois baies par face à l’étage de beffroi et d’une flèche de pierre de 19 mètres, il est considéré comme l’élément le plus abouti de l’édifice. Les travaux se poursuivirent par étapes, avec des campagnes distinctes pour le collatéral sud du chœur et les travées nord, créant une asymétrie architecturale caractéristique.
Entre 1881 et 1884, une restauration ambitieuse fut menée sous la direction de l’architecte Delaplace, avec le soutien du curé Masson et du maire Nolet. Les voûtes médiévales, jugées trop lourdes, furent remplacées par des fausses voûtes d’ogives en matériaux légers (carreaux de plâtre ou briques creuses), réalisées par les frères Colas d’Amiens, spécialistes des voûtes néo-gothiques. Cette intervention modifia radicalement l’aspect intérieur de la nef et des bas-côtés, tout en préservant certains éléments anciens comme les grandes arcades romanes retaillées. Le clocher bénéficia également de restaurations, dont l’ajout d’une horloge à quatre cadrans en 1904, électrifiée en 1966. L’église fut classée monument historique le 30 juin 1920, reconnaissant ainsi sa valeur patrimoniale malgré son état actuel, qui nécessite une nouvelle campagne de restauration, particulièrement pour le chœur.
Le mobilier de l’église compte plusieurs pièces notables, dont une statue en bois de saint Martin du XVIIe siècle, classée en 1960, qui se distingue par son naturalisme et son expressivité. Une plaque de fondation de 1594, ornée d’une gravure représentant la Résurrection, commémore Martin Bourin et Jeanne Ancel, fondateurs d’une messe obituaire. Le maître-autel baroque, datant de 1626 ou 1641, provient probablement de l’église Saint-Jacques de Compiègne et forme un ensemble cohérent avec son tabernacle à ailes et son retable. Enfin, une cloche en bronze de 1758, signée par les fondeurs Cavillier, complète ce patrimoine mobilier classé. Aujourd’hui affiliée à la paroisse Saint-Corneille de Compiègne-nord, l’église Saint-Martin accueille encore des messes dominicales, perpétuant son rôle spirituel et communautaire.
L’extérieur de l’édifice révèle une façade occidentale sobre, marquée par un porche moderne et des éléments roman réemployés, comme un antéfixe et des bas-reliefs représentant la Vierge à l’Enfant et la Charité de saint Martin. Les élévations latérales, dépourvues de décoration elaborate, contrastent avec le clocher, dont la flèche élancée et la balustrade ajourée en font un exemple rare de l’architecture flamboyante dans l’Oise. Les contreforts orthogonaux, les baies simulées du premier étage et les clochetons d’angle soulignent l’ambition esthétique des bâtisseurs. À l’intérieur, la nef et les bas-côtés, voûtés de fausses ogives néo-gothiques, contrastent avec le chœur, où subsistent des voûtes du XIIIe siècle et des chapiteaux à feuilles d’eau. Malgré les remaniements successifs, l’église conserve une heterogénéité architecturale qui en fait un témoignage précieux des évolutions stylistiques médiévales et modernes dans la région.
Venette, village situé à l’ouest de Compiègne, était sous l’Ancien Régime un lieu de culte actif dépendant du diocèse de Beauvais. L’abbaye Saint-Corneille de Compiègne y exerçait une influence majeure, tant spirituelle qu’économique, via la perception des dîmes. La reconstruction partielle de l’église au XVIe siècle s’inscrit dans un contexte de renaissance locale après les destructions de la guerre de Cent Ans, période durant laquelle la région fut régulièrement ravagée par les conflits entre royaumes de France et d’Angleterre. Le clocher, avec sa flèche de pierre, symbolise cette volonté de renouveau, tout en intégrant des innovations stylistiques de la Renaissance. Aujourd’hui, l’église reste un lieu de mémoire et de culte, bien que son état nécessite une attention particulière pour préserver son héritage architectural complexe.