Origine et histoire
L'église Saint-Martin de Vomécourt-sur-Madon, édifiée au XIIe siècle (datation confirmée par dendrochronologie en 2015, avec des bois abattus en 1126), est un joyau de l’art roman lorrain. Son plan basilical, inspiré des églises de Relanges et Champ-le-Duc, comprend une nef à cinq travées originelles (réduites à trois après les modifications du XVIIIe siècle), un transept saillant, et un chœur terminant par une abside encadrée d’absidioles. Classée Monument Historique en 1908, elle se distingue par son tympan roman complexe, illustrant des scènes bibliques comme Les Saintes Femmes au tombeau et un combat de chevaliers, ainsi que par ses chapiteaux sculptés (feuillages, palmettes, personnages barbus). La façade ouest, percée d’un oculus, abrite une niche avec une statue de saint Martin à cheval (XVIe siècle), symbole de la paroisse dépendant autrefois du chapitre de Remiremont.
Entre 1737 et 1740, des transformations majeures altèrent sa structure médiévale : suppression d’un pilier sur deux dans la nef, élargissement des fenêtres des bas-côtés, percement de baies en cintre brisé dans le transept, et remplacement des toitures multiples par une couverture unique, occultant les fenêtres hautes. Ces travaux, inspirés des préconisations du Concile de Trente (1545–1563), visent à moderniser l’édifice et à clarifier l’espace liturgique. L’absidiole nord est détruite à une date indéterminée, tandis que des restaurations sont menées en 1911 (toiture, lambris), 1925, et 2015 (charpente, vitraux). Le clocher, bien que d’apparence romane, est partiellement reconstruit postérieurement, avec un étage ajouté. Une analyse dendrochronologique de 2011 confirme l’abattage des bois du clocher après 1117, renforçant la datation du XIIe siècle.
L’architecture combine pierre calcaire locale (dolomie-moellon) et décors sculptés remarquables : impostes ornées de motifs végétaux ou géométriques, corniche à billettes, et chapiteaux historiés (comme un personnage entre deux jets d’eau, symbole baptismal). À l’intérieur, la nef et les bas-côtés sont couverts de lambris, tandis que la croisée du transept et le croisillon sud présentent des voûtes d’ogives aux profils variés (tore ou section carrée). L’abside, voûtée en cul-de-four, est éclairée par trois baies en plein cintre aux vitraux hagiographiques (saint Martin, saint Joseph, saint Vincent de Paul). Un escalier à vis dessert le comble et le clocher, haut de 16,5 mètres.
Le mobilier classé inclut des éléments des XVIe–XVIIIe siècles : une cuve baptismale (1704), un maître-autel en bois doré (1760–1770), et des statues en bois polychrome (Vierge à l’Enfant, saint Sébastien). L’église, propriété communale, domine le village et son cimetière, témoignant de l’influence du chapitre de Remiremont sur la région. Son tympan, muré puis redécouvert dans les années 1880, et son décor sculpté en font un édifice majeur de l’art roman en Lorraine, aux côtés de Relanges et Champ-le-Duc.
Les restaurations récentes (2015) ont permis de dater précisément la charpente romane et de conserver les laves de grès de l’abside, remplaçant les tuiles mécaniques installées au XXe siècle. Malgré les modifications des siècles passés, l’église conserve des dispositions médiévales rares, comme les deux ordres de colonnes du chevet, ornées de billettes et de chapiteaux à godrons, ou le portail roman à trois ressauts, où un serpent symbolise le péché originel parmi les feuillages.