Origine et histoire de l'Église Saint-Martin
L’église Saint-Martin du Tiercent, située dans le bourg est de la commune du même nom en Ille-et-Vilaine, s’inscrit dans un site occupé dès l’Antiquité. Six sarcophages gallo-romains taillés dans le roc, découverts près du cimetière actuel, attestent d’une occupation ancienne. L’édifice actuel, construit au XIIe siècle à proximité du château du Tiercent, était initialement isolé, sans bourg attitré. Sa fondation pourrait être liée à l’initiative des seigneurs locaux, bien que les premières mentions archivistiques de la paroisse n’apparaissent qu’en 1221, dans un conflit opposant son recteur aux religieuses de l’abbaye de Saint-Sulpice-des-Bois au sujet des dîmes de la masure de Chantelou.
De la période romane subsistent le gros œuvre de la nef et deux petites fenêtres ébrasées, percées dans les murs nord et sud. Les XVe et XVIe siècles voient l’ajout d’un porche sud et d’une chapelle seigneuriale au nord, reflétant l’influence des familles nobles locales, comme les Ruellan, dont les armoiries et l’enfeu sont visibles. Au XVIIIe siècle, le chœur et la chapelle nord sont remaniés, tandis qu’une chapelle sud est érigée pour adopter un plan en croix latine. Le clocher en charpente, typique de l’architecture bretonne, domine l’édifice couvert de lambris.
L’église abrite des éléments remarquables, comme des pierres tombales datant au moins du XVIe siècle, un retable du XVIIe siècle dans la chapelle nord, et des retables des XVIIe–XVIIIe siècles dans le chœur et la chapelle sud. Le chevet plat, surélevé en raison de la topographie, compte des baies à linteaux sculptés, dont un arc brisé trilobé. La cloche de 1642, offerte par Gilles III de Ruellan, rappelle le lien étroit entre la seigneurie et la paroisse. Classée aux monuments historiques depuis 1926, l’église illustre l’évolution architecturale et sociale de la Bretagne rurale, des origines médiévales aux transformations modernes.
La topographie du site a imposé des adaptations structurelles, comme la surélévation du chevet et de la chapelle nord. La façade ouest, percée d’une porte en plein cintre surmontée d’une archivolte, est flanquée de quatre contreforts à ressauts. Le transept nord arbore trois écussons et une croix solaire sculptée, symboles de pouvoir seigneurial. Les pignons des transepts, découverts, sont ornés de fenêtres jumelées en plein cintre, tandis que la nef, plus large que le chœur, conserve une voûte lambrissée. Ces détails architecturaux soulignent le statut hybride de l’édifice, à la fois lieu de culte paroissial et chapelle castrale.