Origine et histoire
L’église Saint-Médard de Creil, située dans l’Oise, est un édifice religieux dont la construction s’échelonne du XIIIe au XVIe siècle. Elle remplace une église antérieure, probablement datée du XIIe siècle, voire plus ancienne, comme en témoigne son patronage dédié à saint Médard de Noyon (mort en 545). La construction gothique débute au XIIIe siècle avec un plan en croix grecque, mais l’édifice, rapidement jugé trop exigu, subit des transformations majeures aux XIVe et XVe siècles. Le chœur est déplacé vers le nord-est, intégrant partiellement l’ancienne muraille de la ville, tandis que le croisillon sud et la croisée du transept deviennent la nef. Les voûtes du chœur, effondrées après la guerre de Cent Ans, sont reconstruites plus basses. Une chapelle flamboyante, dédiée à sainte Catherine puis à Notre-Dame, est ajoutée à la fin du XVe siècle, et un clocher Renaissance, achevé vers 1547, couronne l’ensemble.
Au XVIe siècle, l’église s’enrichit d’un jubé en bois, de vitraux commandés aux maîtres-verriers de Senlis, et d’un repavage du chœur. Les comptes de la fabrique, redécouverts en 1850, révèlent des travaux continus entre 1443 et 1574, incluant la construction du clocher sous la direction de l’architecte Michel de Bray. Ce dernier, de style hybride (flamboyant pour la base, Renaissance pour les étages supérieurs), s’élève à 34 mètres et domine le paysage urbain. L’intérieur, malgré son plan irrégulier, offre une harmonie remarquable grâce à la qualité des finitions et à la cohérence des supports gothiques, bien que les symétries y soient rares.
L’extérieur de l’église, en revanche, apparaît chaotique en raison des ajouts successifs et des contraintes urbaines. Le porche, agrandi au XVe siècle, conserve une arcade du XIIIe siècle, tandis que les élévations latérales mêlent des éléments gothiques (contreforts, corniches) et des reconstructions hâtives, comme le mur oblique de l’ancien collatéral sud. La chapelle Sainte-Catherine, avec ses voûtes sexpartites et ses fenêtres à réseau flamboyant, contraste avec la sobriété du chevet du XIVe siècle, dont la grande baie, restaurée après l’effondrement de la muraille en 1854, conserve un remplage complexe de lancettes et de rosaces. Classée monument historique en 1920, l’église abrite un mobilier remarquable, dont des tableaux des XVIIe et XVIIIe siècles et une dalle funéraire du XVIe siècle.
Les sources archéologiques et documentaires, notamment les travaux d’Eugène Lefèvre-Pontalis et de Dominique Vermand, soulignent six campagnes de construction majeures : le XIIIe siècle pour la nef et le transept, le XIVe pour le nouveau chœur, le XVe pour les remaniements post-guerre de Cent Ans et la chapelle Sainte-Catherine, et le XVIe pour le clocher. Les comptes de la fabrique, retrouvés par hasard, éclairent les étapes de financement et les artisans impliqués, comme les maçons travaillant à la flèche en 1547. Malgré les destructions partielles et les restaurations parfois lourdement interventionnistes (comme le mur occidental de la nef reconstruit au XIXe siècle), l’église Saint-Médard reste un témoignage exceptionnel de l’évolution architecturale médiévale et renaissante en Picardie.
Le mobilier classé comprend des œuvres d’art significatives, comme L’Adoration des bergers (1635) de Laurent de La Hyre, un tableau monumental souvent reproduit et conservé au Louvre sous forme de dessins préparatoires. D’autres éléments, tels qu’une dalle funéraire de 1547 ou des fonts baptismaux du XVIIe siècle (aujourd’hui disparus), rappellent le rôle central de l’édifice dans la vie paroissiale et civile de Creil. Le cimetière entourant autrefois l’église, supprimé en 1809, a laissé place à des voies urbaines, tandis que les tribunes ajoutées au XIXe siècle pour pallier le manque de place ont depuis été retirées, à l’exception de celle supportant l’orgue.
L’église Saint-Médard incarne ainsi près de neuf siècles d’histoire locale, marquée par les conflits (siège anglais de 1434, reprise par Charles VII en 1441), les adaptations liturgiques (déplacement du chœur, ajout de chapelles) et les influences stylistiques successives. Son classement en 1920 consacre sa valeur patrimoniale, tandis que sa localisation au cœur de l’ancien centre-ville, près de l’Oise, en fait un repère identitaire pour la communauté creilloise. Les études récentes, comme celles de la Société archéologique de Creil, continuent d’enrichir la connaissance de ce monument complexe, où chaque pierre raconte une étape de son évolution.