Origine et histoire de l'Église Saint-Melaine
L’église Saint-Mélaine de Morlaix trouve ses origines dans une chapelle du XIIe siècle, la chapelle Sainte-Marie, initialement rattachée à la paroisse de Ploujean. En 1149-1157, Guyomarc’h III, vicomte de Léon, puis son fils Hervé II en 1154, cèdent ce lieu à l’abbaye Saint-Melaine de Rennes, fondant ainsi un prieuré. La chapelle devient alors l’église prieurale Sainte-Marie, puis Notre-Dame, avant d’être sécularisée et érigée en église paroissiale sous le nom de Saint-Mélaine. On ignore la date exacte de cette transition, mais son rôle central dans la vie religieuse locale est attesté dès le Moyen Âge central.
Au XVe siècle, face à l’accroissement démographique de Morlaix, les paroissiens jugent l’église trop exiguë et vétuste. Ils décident de la reconstruire entièrement sans interrompre le culte, financée par une « taille d’église » imposée à tous et des dons de bourgeois aisés. Les travaux débutent le 6 juillet 1489 par le porche sud, comme l’atteste une inscription gravée par des anges sculptés : « L'an mil quatre cents quatre vingt neuf fut comancée ceste eglise de par Dieu ». La famille Beaumanoir, tailleur de pierre renommé, joue un rôle clé : Beaumanoir le Vieil, Étienne, et Beaumanoir le Jeune y participent dès 1490, tandis que Philippe Beaumanoir dirige la construction de la tour entre 1511 et 1516.
La tour, couverte d’un dôme Renaissance en plomb surmonté d’un lanternon, n’est achevée qu’en 1574, après l’installation d’une horloge en 1564. Au XVIIe siècle, le porche sud et son tympan intérieur sont ornés de peintures par Lozesh (1610-1611). Sous la Révolution, l’église est fermée au culte et convertie en magasin aux vivres, avant d’être rétablie comme paroisse en 1856. En 1879, le dôme Renaissance est remplacé par une flèche en bois recouverte de zinc. Endommagée lors d’un bombardement en 1943, elle est partiellement reconstruite, avec l’ajout d’une sacristie agrandie.
L’édifice, classé monument historique en 1914, illustre l’architecture gothique bretonne, avec ses trois nefs voûtées de bois et son porche sud orné. Son histoire reflète les bouleversements religieux, politiques et sociaux de Morlaix, des donations médiévales aux restaurations modernes, en passant par les conflits du XXe siècle. La famille Beaumanoir, figure majeure de sa construction, y laisse une empreinte durable, tandis que des testaments, comme celui de Nicolas Coetanlem, témoignent de son importance dans la mémoire locale.
Aujourd’hui, l’église Saint-Mélaine reste un symbole du patrimoine religieux finistérien, mêlant héritage médiéval, Renaissance et adaptations contemporaines. Son classement et sa préservation soulignent sa valeur historique et architecturale, tout en rappelant son rôle central dans la vie communautaire morlaisienne depuis près de neuf siècles.