Frise chronologique
884
Translation des reliques de saint Merry
Translation des reliques de saint Merry
884 (≈ 884)
Première mention écrite de reliques à Linas.
936
Fondation de l’abbaye Saint-Merry
Fondation de l’abbaye Saint-Merry
936 (≈ 936)
Par Louis IV d’Outremer, roi de France.
1207
Institution du collège de chanoines
Institution du collège de chanoines
1207 (≈ 1207)
Transformation en collégiale par Eudes de Sully.
1246
Autorisation pontificale pour rachat des dîmes
Autorisation pontificale pour rachat des dîmes
1246 (≈ 1246)
Par le pape Innocent IV, exception rare.
1284
Achat partiel de la seigneurie de Linas
Achat partiel de la seigneurie de Linas
1284 (≈ 1284)
Par le prieuré Saint-Merry à Marie de Hescelin.
XVIe siècle
Reconstruction partielle du chœur
Reconstruction partielle du chœur
XVIe siècle (≈ 1650)
Ajout de verrières et voûtes Renaissance.
1876
Démolition-reconstruction de la nef
Démolition-reconstruction de la nef
1876 (≈ 1876)
Remplacement par un style néo-gothique.
1928
Classement monument historique
Classement monument historique
1928 (≈ 1928)
Protection de l’édifice par l’État.
1997
Fermeture pour restauration
Fermeture pour restauration
1997 (≈ 1997)
Travaux prolongés sur 19 ans.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise Saint-Merry : classement par arrêté du 5 octobre 1928
Personnages clés
| Louis IV d'Outremer - Roi de France (936–954) |
Fonda l’abbaye Saint-Merry en 936. |
| Eudes de Sully - Évêque de Paris (1196–1208) |
Institue les chanoines en 1207. |
| Innocent IV - Pape (1243–1254) |
Autorisa le rachat des dîmes en 1246. |
| Marie de Hescelin - Héritière de la seigneurie de Linas |
Vendit sa part au prieuré en 1284. |
| Philippe III le Hardi - Roi de France (1270–1285) |
Amortit la vente de 1284. |
| F. Blondel - Architecte diocésain (XIXe siècle) |
Reconstruit la nef en 1876. |
Origine et histoire
L’église Saint-Merry de Linas trouve ses origines dans une abbaye fondée en 936 par Louis IV d’Outremer, dédiée à saint Médéric (ou Merry). Un document de 884 atteste déjà la présence de reliques de saint Merry transférées de Paris à Linas. À l’origine, l’édifice était dédié à saint Vincent avant que l’évêque de Paris, Eudes de Sully, n’y institue en 1207 un collège de chanoines, transformant l’église en collégiale. Ces chanoines, issus de la collégiale Saint-Marcel de Paris, rebaptisent le lieu Saint-Merry et entreprennent sa reconstruction partielle au XIIIe siècle, dont subsistent aujourd’hui la base du clocher et le chœur à chevet plat.
Au XIIe siècle, la seigneurie de Linas appartient à la famille des Hescelin. En 1284, Marie de Hescelin et son époux, Amaury de La Hunière, vendent leur part de la seigneurie au prieuré Saint-Merry pour 710 livres parisis, avec l’amortissement accordé par Philippe III le Hardi. Le chapitre, devenu seigneur ecclésiastique, acquiert progressivement des revenus via des achats (dont des dîmes, exceptionnellement autorisées par le pape Innocent IV en 1246) plutôt que par donations, reflétant le déclin des grands mécénats monastiques au profit des ordres mendiants et des croisades. Les conflits internes entre chanoines, liés à la gestion des censives et des dîmes, marquent cette période.
L’église subit des remaniements majeurs au XVIe siècle après l’effondrement partiel du chœur : reconstruction des voûtes, percement de grandes baies vitrées (dont une verrière du chevet illustrant saints et Crucifixion), et modification des bas-côtés. Au XIXe siècle, face à son état de délabrement, l’architecte diocésain F. Blondel démolit en 1876 les trois travées romanes de la nef pour les remplacer par deux travées néo-gothiques, en harmonie avec le chœur existant. Les travaux, menés avec économie, restent inachevés. Classée monument historique en 1928, l’église ferme en 1997 pour restauration, après 19 ans de travaux.
Les matériaux de construction reflètent cette histoire composite : meulière appareillée pour les murs, grès pour les piliers du clocher, pierre de Châtillon et liais de Clamart pour la façade occidentale (XIXe siècle). Le clocher carré, coiffé d’une flèche de pierre médiévale, domine un plan allongé à trois vaisseaux, sans transept. Les vitraux du chevet, datant du XIXe siècle, représentent des figures saintes et la Crucifixion. L’édifice illustre ainsi les transitions architecturales entre roman, gothique et Renaissance, tout en témoignant des enjeux seigneuriaux et religieux de l’Essonne médiévale.
Le site, situé au centre-ville de Linas à l’angle des rues Saint-Merry et Paul-Bert, surplombe la rive gauche de la Salmouille. Propriété communale depuis son classement, l’église reste un symbole du patrimoine religieux francilien, mêlant histoire abbatiale, pouvoir seigneurial et évolutions liturgiques. Sa fermeture prolongée au XXe siècle souligne les défis contemporains de préservation des monuments historiques ruraux.