Origine et histoire de l'Église Saint-Michel
L'église Saint-Michel d'Aiguilhe, située sur un neck volcanique de 82 mètres à Aiguilhe (Haute-Loire), fut fondée en 961 par le chanoine Truanus sous l'impulsion de l'évêque Godescalc, premier pèlerin reconnu vers Saint-Jacques-de-Compostelle. L'oratoire préroman initial, de plan centré carré inspiré de Rome, était couvert d'une coupole et orné de rares peintures murales du Xe siècle. Une légende locale attribue sa création à un vœu exaucé contre la peste, tandis que des hypothèses évoquent une substitution de culte païen dédié à Mercure.
Au XIe-XIIe siècles, l'afflux de pèlerins – dont les rois Charles VII, Louis XI et Charles VIII – nécessita l'agrandissement de la chapelle. Trois oratoires (dédiés à Raphaël, Gabriel et saint Guinefort) furent ajoutés le long de l'escalier de 268 marches, aujourd'hui disparus. En 1245, la foudre frappa le clocher, et en 1562, les protestants détruisirent la statue de saint Michel. Le site, fortifié jusqu'au sommet, fut envisagé comme une extension du Puy-en-Velay en 1420, sans suite.
À la Révolution, l'église – jamais paroisse – échappa à la destruction grâce à Prosper Mérimée, qui y découvrit en 1838 des peintures murales médiévales sous un badigeon du XIXe siècle. Classée dès 1840 parmi les premiers monuments historiques français, elle révéla en 1955 un trésor reliquaire roman (Christ en olivier, ivoires, tissus) caché sous l'autel. Les restaurations des peintures (2003-2004) et du rocher (2017) préservent ce chef-d'œuvre de l'art roman auvergnat, élu 4e monument préféré des Français en 2014.
L'architecture symbolise la protection divine : l'oratoire initial, orienté, fut complété au XIIe siècle par une nef désaxée et une façade sculptée (sirènes, Agneau pascal, tétramorphe). Les 32 chapiteaux romans, partiellement peints, et les mosaïques de pierres polychromes illustrent un programme iconographique complexe, mêlant Apocalypse et dévotion mariale. Le rocher, associé à des légendes comme le saut de la pucelle, domine la cathédrale du Puy, soulignant son rôle de sanctuaire-jalons sur la via Podiensis vers Compostelle.
Le site, géré par une SEM, propose depuis 2017 des illuminations nocturnes (Puy de Lumières) avec la cathédrale voisine. La chapelle Saint-Clair (XIIe siècle), au pied du rocher, complétait l'accueil des pèlerins. Les influences artistiques, longtemps attribuées à l'art omeyyade via Compostelle, sont aujourd'hui réinterprétées comme un héritage carolingien tourné vers Rome et le Mont Gargan, autre sanctuaire michélite. Les fouilles récentes questionnent encore les vestiges de fortifications et d'ermitages troglodytes.